Violences postélectorales de 2016 : Michel Ongoundou Loundah réclame vérité et justice
2026-03-10 - 16:36
Dix ans après l’assaut meurtrier contre le quartier général de Jean Ping à Libreville, les révélations du média français Marianne ravivent le débat sur les responsabilités dans les violences postélectorales de 2016 au Gabon. Présent cette nuit-là au siège de campagne de l’opposant, Michel Ongoundou Loundah, président du parti Réagir, appelle à établir toute la vérité et refuse que ce drame tombe dans l’oubli. Le président de Réagir, Michel Ongoundou Loundah, le 7 mars 2026. © D.R Dix ans après les violences postélectorales ayant marqué l’élection présidentielle de 2016 au Gabon, les révélations du média français Marianne sur l’assaut meurtrier contre le quartier général de Jean Ping continuent de provoquer de vives réactions dans l’opinion publique. Parmi les voix qui se sont récemment élevées figure celle de l’opposant Michel Ongoundou Loundah, président du parti politique Réappropriation du Gabon, de son Indépendance, pour sa Reconstruction (Réagir), déterminé à empêcher que cet épisode sombre de l’histoire politique nationale ne soit relégué aux oubliettes. Présent au siège de campagne de Jean Ping dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, l’acteur politique s’est exprimé à Libreville lors d’une déclaration de la coalition de l’opposition «Unie». Devant la presse, il a dénoncé ce qu’il considère comme une tentative de dilution des responsabilités dans cette affaire. Selon lui, l’argument de l’obéissance aux ordres ne saurait en aucun cas exonérer les militaires impliqués dans l’attaque contre le quartier général de l’opposant. Il rappelle que l’usage des armes par les forces de défense est strictement encadré par la loi et ne peut être justifié en l’absence d’une base légale claire. «Ali Bongo n’était pas dans l’hélicoptère. Il n’avait pas une arme. Ceux qui ont tiré sur nous devraient pouvoir nous présenter une réquisition. Parce que l’usage des armes par un militaire est réglementé. Le militaire n’est pas un assassin», a-t-il déclaré, mettant directement en cause la responsabilité des exécutants. Pour étayer son propos, Michel Ongoundou Loundah a invoqué un précédent historique important : la jurisprudence issue des procès de Nuremberg à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Il a rappelé que plusieurs responsables nazis avaient tenté de justifier leurs actes en invoquant l’obéissance aux ordres d’Adolf Hitler, un argument finalement rejeté par la justice internationale. «Quand on vient nous dire : oui, on était sous les ordres de M. Ali Bongo, d’accord, mais il faut nous le prouver», a-t-il insisté. Le bilan humain de la crise postélectorale de 2016 ? Au-delà de la question des responsabilités, le président du parti Réagir déplore que le bilan humain de la crise postélectorale de 2016 demeure entouré de nombreuses zones d’ombre. Selon lui, ni le nombre exact de morts ni celui des blessés n’a été officiellement établi, tandis que certaines victimes auraient quitté le pays après ces événements. «Déjà, on ne sait même pas combien de morts il y a eu. On ne sait pas combien de blessés. Il y en a qui ont fui ce pays. Nous ne pouvons pas faire comme si rien ne s’était passé», a-t-il regretté. Le combat pour la vérité se poursuit également sur le plan international. Michel Ongoundou Loundah affirme avoir engagé, avec d’autres acteurs politiques, des démarches à Bruxelles afin d’obtenir la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur les violences de 2016, mais aussi sur celles ayant suivi l’élection présidentielle de 2009. Pour l’opposant gabonais, seule une enquête internationale permettra d’établir clairement les responsabilités et de rendre justice aux victimes. «En 2009, il y a eu des massacres. En 2016, on a changé d’échelle. On ne peut pas continuer comme ça, à faire comme si de rien n’était», a-t-il affirmé. Déterminé, Michel Ongoundou Loundah assure que cette quête de vérité ne s’éteindra pas avec le temps. D’après lui, quels que soient les délais nécessaires, les responsables des violences devront un jour répondre de leurs actes devant la justice.