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[Tribune] Quand ceux qui ont déserté la vérité des urnes prétendent donner des leçons d’opposition : réponse à la tribune de Nadia-Christelle Koye

2026-03-10 - 12:26

La tribune de la sénatrice UDB Nadia Christelle Koye, dans laquelle elle fustigeait les «partis sous assistance respiratoire» et rappelait que «l’opposition ne se décrète pas ex nihilo», n’est pas restée sans réplique. Le texte a en effet suscité une réponse aussi précise que cinglante, qui retourne contre son auteure ses propres arguments, en l’interpellant sur son rôle de représentante de l’opposition au sein du dispositif électoral lors de la présidentielle d’août 2023, et sur la gestion controversée de la CNAMGS sous sa direction. Noël Biloghe Bi-Ndong, président d’Ensemble pour le Gabon pour la diaspora (EPG Diaspora), signe ce droit de réponse, avec une question centrale : comment celui ou celle qui a «déserté le combat démocratique» pourrait-il encore prétendre distribuer des leçons de légitimité politique ? «Car l’opposition (...) elle se construit, elle se prouve et surtout, elle ne s’abandonne pas au premier changement de vent politique», dixit Noël Biloghe Bi-Ndong. © GabonReview Diplômé en Finance, Comptabilité, Contrôle et Audit (IAE – France), Noël Biloghe Bi-Ndong est le président EPG Diaspora. © D.R. Madame Koye, Vous affirmez dans votre tribune que « l’opposition ne se décrète pas ex nihilo ». Sur ce point, permettez-moi de vous rejoindre : l’opposition se construit par les actes, par la constance et par la fidélité aux combats démocratiques. C’est précisément pour cette raison que votre prise de parole surprend. Car, lors de l’élection présidentielle d’août 2023, vous occupiez une position centrale au cœur du processus électoral. Vous étiez représentante de l’opposition au sein de la Commission électorale et plus précisément représentante du candidat Albert Ondo Ossa dans les instances de centralisation des résultats. Votre mission était pourtant claire et essentiel : défendre les suffrages exprimés par les Gabonais et veiller à la sincérité du scrutin. Or, l’argument majeur avancé par les militaires pour justifier leur coup d’État était « les résultats de l’élection auraient été manipulés et tronqués. » Chère Madame Koye, la question sur laquelle les Gabonaises et Gabonais aimeraient vous entendre est ailleurs. Oui Madame, si vous étiez présente au cœur du dispositif électoral en tant que représentante de l’opposition, qu’avez-vous fait pour défendre la victoire du candidat que vous représentiez ? Quels procès-verbaux avez-vous produits ? Quelles irrégularités avez-vous dénoncées ? Quels résultats avez-vous rendus publics ? Car si la vérité des urnes avait été confisquée, la première responsabilité des représentants de l’opposition dans les commissions électorales était précisément de porter cette vérité devant le peuple et devant l’histoire. Vous ne l’avez pas fait. Bien au contraire, vous avez très rapidement tourné le dos au candidat que vous étiez censée défendre pour vous rapprocher du pouvoir issu du coup d’État. C’est ce choix politique qui pose aujourd’hui question. Car, il est toujours étonnant de voir ceux qui ont déserté le combat démocratique expliquer à ceux qui continuent de le mener ce que devrait être l’opposition. Mais votre parcours soulève une autre interrogation. Avant cette séquence politique, vous avez dirigé la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), institution essentielle du système de protection sociale gabonais. Vous êtes, sauf erreur, la seule directrice générale de cette institution à avoir été relevée de ses fonctions par décision de son propre conseil d’administration. Une question demeure là aussi dans l’opinion publique, celle de savoir ce qu’est devenu l’argent de la CNAMGS durant votre gestion ? Avant de prétendre donner des leçons d’opposition et de distribuer des certificats de légitimité politique, peut-être conviendrait-il d’apporter des réponses claires sur votre propre parcours. Car l’opposition, comme vous le dites si bien, ne se décrète pas. Elle se construit, elle se prouve et surtout, elle ne s’abandonne pas au premier changement de vent politique. C’est pourquoi ceux qui ont choisi de rallier le pouvoir issu d’un coup d’État seraient bien inspirés de faire preuve d’un peu plus de retenue avant de prétendre donner des leçons de courage politique à ceux qui ont bravé les foudres des militaires. Noël Biloghe Bi-Ndong, Président EPG Diaspora

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