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[Tribune] Le Gabon au CPS de l’UA : Dr Ndoutoume Ngome analyse les enjeux géopolitiques et diplomatiques du retour stratégique du pays sur l’échiquier africain

2026-02-13 - 09:19

À la suite de l’élection du Gabon au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, le Dr Jonathan Ndoutoume Ngome analyse les implications diplomatiques et géopolitiques de ce repositionnement continental. Pour l’ancien ministre délégué aux Affaires sociales, spécialiste des questions géopolitiques et géostratégiques, cette désignation «affirme la crédibilité retrouvée du pays sur la scène africaine et internationale» et consacre une dynamique de réintégration après les turbulences politiques récentes. Selon l’enseignant de l’Université Omar Bongo, le pays hérite désormais d’«un agenda dense dans un contexte régional crisogène». Aussi, appelle-t-il Libreville à transformer ce succès symbolique en véritable capacité d’influence et de médiation au service de la stabilité régionale. Dr Jonathan Ndoutoume Ngome. © GabonReview/Montage Le 11 février 2026 à Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine, la 48ème session ordinaire du Conseil exécutif a été marquée par l’entrée du Gabon au Conseil de Paix et de Sécurité (CPS). En effet, après avoir été suspendu au sein de plusieurs organisations sous-régionales, régionales et internationales, à la suite du coup d’État du 30 août 2023, et après un retour à la normalité constitutionnelle à travers une transition réussie par la restauration des institutions, par l’organisation d’un cycle électoral jugé crédible par la communauté internationale, le Gabon réintègre progressivement le concert des nations, à en juger par son élection au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine. Aussi, convient-il d’examiner le rôle et les missions du CPS et surtout les enjeux géopolitiques et diplomatiques de l’admission du Gabon au sein de cet organe de l’Union africaine. I. Présentation du Conseil de paix et de sécurité (CPS) Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine est l’organe décisionnel permanent chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits en Afrique. Il constitue un système de sécurité collective et d’alerte rapide, visant à permettre une réaction rapide et efficace aux situations de conflit et de crise sur le continent. I.1.Composition et structure Le CPS est composé de 15 membres élus par la Conférence de l’Union africaine, représentant les cinq régions de l’Afrique : 3 sièges Afrique centrale, 3 sièges Afrique de l’Est ; 2 sièges attribués à l’Afrique du Nord ; 3 sièges donnés à l’Afrique australe ; 4 sièges à l’Afrique de l’Ouest. I.2.Fonctions et responsabilités Le Conseil de Paix et de Sécurité a pour mission d’anticiper et de prévenir les différends et les conflits ; d’exécuter des fonctions de rétablissement et de consolidation de la paix ; d’intervenir dans un État membre dans certaines circonstances graves ; de prévenir l’escalade d’un différend ou d’un conflit ; de participer à la consolidation de la paix, notamment par le désarmement et la démobilisation post-conflit, et enfin de fournir une assistance humanitaire. Le CPS travaille en étroite collaboration avec les Communautés économiques régionales (CER) et les Mécanismes régionaux (MR) pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. L’entrée du Gabon au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine est un événement géopolitique et diplomatique majeur qui affirme la crédibilité retrouvée du pays sur la scène africaine et internationale. Voici déclinés les principaux enjeux géopolitiques et diplomatiques de cette élection : II. Les enjeux géopolitiques et diplomatiques de l’entrée du Gabon au CSP II.2. Renforcement de la stabilité régionale Actuellement membre du Conseil de Paix et de Sécurité, le Gabon hérite d’un agenda dense dans un contexte régional crisogène et polymogène marqué par des foyers de tension persistants. Le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema entend peser sur les mécanismes de sécurité collective, en mettant l’accent sur le règlement pacifique des différends et la prévention des crises. En réaffirmant son ambition de bâtir une «Afrique plus unie», le chef de l’État gabonais devrait s’engager sur une voie exigeante : transformer ce succès symbolique en une influence géopolitique et diplomatique affirmée pour stabiliser une sous-région à la recherche d’une paix véritable et durable. Pour ce faire, le Gabon devrait s’engager à contribuer à la prévention des conflits en Afrique centrale et au-delà, en renforçant les mécanismes africains de règlement pacifique des différends. II.2. Promotion de la souveraineté et de l’intégrité territoriale Bâtir une «Afrique plus unie» exigera du Gabon, tout au long de son mandat au CPS, de promouvoir les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et d’État de droit. D’où le gouvernement d’Oligui Nguema devra faire montre d’exemplarité en matière de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Toute chose qui pourrait conforter son rôle de médiateur. III. Le rôle de médiateur comme reconnaissance de la diplomatie gabonaise III.1. Le rôle de médiateur En accédant au Conseil de paix et de Sécurité, Le Gabon entend jouer un rôle de médiateur dans les conflits régionaux. Aussi, devra-t-il viser à promouvoir le dialogue et la coopération multilatérale pour mieux assumer des responsabilités importantes dans la gestion des crises africaines. Le Gabon devra surtout contribuer à la prévention des conflits, à la médiation et à la reconstruction post-conflit. L’accomplissement de ces missions avec succès justifiera la reconnaissance diplomatique dont il vient d’être bénéficiaire de la part des autres États membres de l’Union africaine. III.2. Reconnaissance de la diplomatie gabonaise L’élection du Gabon au Conseil de Paix et de Sécurité est une reconnaissance de sa crédibilité diplomatique. Pour les autorités gabonaises, cette élection par les États membres se manifeste comme un brevet de respectabilité internationale. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema et l’ensemble du peuple gabonais ont d’ailleurs salué cette reconnaissance de la « crédibilité » et du « sérieux » de la diplomatie gabonaise. Cette victoire est l’aboutissement d’une stratégie usitée depuis la période de la Transition auprès des gouvernements d’autres États membres de l’Union africaine. Un mode opératoire qui a démontré que le Gabon, au-delà du soubresaut politique du 30 août 2023, reste un partenaire stable où règne la paix. Au total, à plusieurs occasions, et ce, depuis Omar Bongo, le Gabon a toujours prouvé sa capacité de mener des médiations, même les plus parieuses, en usant de son poids géopolitique et diplomatique au sein de l’OUA, devenue l’Union africaine, au détriment des poids lourds du continent. Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a conduit une transition politique exemplaire et réussie, et qui auparavant a vécu plusieurs de ces médiations aux côtés du président Omar Bongo, vient de bénéficier de la confiance renouvelée des États membres en la diplomatie gabonaise, à travers l’élection de notre pays au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine. Par Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, Spécialiste des questions géopolitiques et géostratégiques / Université Omar Bongo

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