[Tribune] À force d’éviter les réponses, vous confirmez les doutes
2026-03-19 - 14:44
Elle avait voulu clore le débat. Elle l’a rouvert, en plus grand. La tribune publiée par Nadia Christelle Koye sous le titre «Je n’ai pas vendu l’opposition !» aura eu au moins un mérite involontaire : susciter une réplique qui va droit au but. Car derrière les dénégations et les postures victimaires, les questions fondamentales restaient entières... sur sa désignation contestée à la tête de l’opposition, sur son silence lors de la proclamation des résultats de 2023, sur son ralliement au pouvoir de transition, sur son éviction de la CNAMGS dans des circonstances toujours inexpliquées. C’est à ce faisceau d’interrogations que s’attaque, avec une franchise décapante, Noël Biloghe Bi-Ndong, président d’Ensemble pour le Gabon pour la diaspora (EPG Diaspora). «Vous parlez beaucoup, mais vous ne répondez à rien», dixit Noël Biloghe Bi-Ndong. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle) Madame Koye, Votre récente tribune se veut une réponse. En réalité, elle confirme une chose : vous évitez toujours les seules questions qui comptent. Vous parlez beaucoup, mais vous ne répondez à rien. Alors reprenons, point par point. Une opposition « fragmentée » ou un paravent commode ? Vous expliquez que l’opposition était fragmentée, instrumentalisée, incapable de s’accorder. Soit. Mais une question nous turlupine : dans quelles conditions avez-vous été choisie Vice-Présidente de l’opposition ? Qui vous a désignée ? Selon quelle procédure ? Avec quelle légitimité ? Pourquoi est-il dit, de manière insistante, que votre nomination aurait été influencée, voire imposée par Ian Ngoulou ? Vous donnez des leçons à une opposition que vous décrivez comme défaillante. Mais vous ne dites rien sur les conditions de votre propre ascension. C’est un peu facile. Procès-verbal, proclamation : une incohérence majeure Vous affirmez que la contestation devait se faire dans le procès-verbal, et non au moment de l’annonce. Mais alors, soyons rigoureux. Les résultats proclamés reposent sur les procès-verbaux signés. Donc deux possibilités : Soit vous avez signé le procès-verbal et vous avez validé les résultats dits « tronqués », Soit vous avez refusé de le signer et vous avez signalé une anomalie. Dans les deux cas, une question demeure : où est votre trace de contestation ? Par ailleurs, il est important de rappeler que seul le candidat est habileté à introduire un recours et il le fait précisément sur la foi des procès-verbaux délivrés par ses représentants. N’avoir pas porté des réserves sur le procès-verbal de proclamation, sachant les résultats tronqués en défaveur de son candidat est une trahison. Enfin, vous dites avoir « choisi » d’attendre l’annonce des résultats. Très bien, mais cela fait trois ans que les résultats ont été proclamés. Alors dites-nous qui a gagné l’élection de 2023 ? Et surtout, pourquoi avoir assisté à la proclamation sans démissionner, si vous saviez que la vérité des urnes était en cause ? On ne peut pas invoquer le droit et disparaître quand il faut dire la vérité. Un passage creux pour éviter le fond Vous qualifiez les critiques d’« immaturité politique », vous évoquez des manipulations, vous enchaînez les questions... Mais vous ne donnez aucune réponse. Vous semblez savoir : qui a infiltré, qui a financé, qui a manipulé, qui a fraudé. Plutôt que de questionner, donnez les noms. Le peuple gabonais n’attend pas des insinuations. Il attend des responsabilités établies. En attendant, une réalité demeure : vous étiez au cœur du dispositif et, à ce jour, vous êtes la seule à ne pas avoir apporté la moindre preuve publique permettant d’éclairer le pays. Alors oui, la question reste entière : pourquoi, après cela, êtes-vous allée servir ceux qui ont pris le pouvoir ? Le récit personnel ne remplace pas les réponses Vous évoquez votre parcours, vos sacrifices, vos engagements. Personne ne vous les conteste, mais soyons clairs : quitter un poste pour en occuper un autre n’a jamais fait une référence politique. Vos choix vous appartiennent. Mais le peuple, lui, n’a pas choisi ni les décisions du pouvoir que vous soutenez, ni vos silences, encore moins leurs conséquences. Ce que les Gabonais attendent aujourd’hui n’est pas un récit, c’est autre chose : de la transparence, de la cohérence et des réponses claires. Qu’en est-il de la CNAMGS ? Vous avez tenté de répondre à tout, sauf à une séquence importante qui appelle des explications. Votre passage à la tête de la CNAMGS n’est pas neutre dans ce débat. Vous avez été suspendue, puis écartée par votre propre Conseil d’administration pour des « faits graves et répétés » affectant le fonctionnement de l’institution. Ce qui interroge aujourd’hui, ce n’est pas seulement votre départ, mais l’absence totale de transparence autour des faits qui l’ont motivé : Quelle était leur nature exacte ? Quelles en ont été les conséquences ? Pourquoi aucune clarification publique n’a-t-elle été apportée ? Dans ce contexte marqué par des interrogations sur la gouvernance et la gestion financière de la Caisse, il est légitime que vous apportiez des clarifications avant de prétendre donner des leçons de morale politique. Dans un État sérieux, une telle situation appelle des explications, pas des silences. Quand on a des casseroles accrochées de partout, on évite de bouger car ça fait du bruit Madame, Votre tribune tente de déplacer le débat, mais elle échoue car plus vous parlez, plus une réalité s’impose : vous contournez systématiquement les questions essentielles. Votre désignation n’est pas clarifiée. Votre rôle en 2023 reste opaque. Votre silence au moment décisif interroge. Votre ralliement pose question. Votre passage à la CNAMGS reste sans réponse. Et malgré tout cela, vous venez expliquer ce qu’est l’opposition. Non Madame, les Gabonais ne sont pas dupes. Le peuple n’y croit plus. Noël Biloghe Bi-Ndong Président d’Ensemble pour le Gabon pour la diaspora (EPG Diaspora) .