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[Tribune] «Ayez des élus ou taisez-vous !» : Le naufrage tyrannique d’un pouvoir aux abois

2026-03-10 - 23:25

Une phrase lâchée en conférence de presse peut parfois en dire long sur une conception du pouvoir. En sommant l’opposition de «se taire» faute d’élus, le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a déclenché une polémique qui interroge directement la place du pluralisme et la liberté d’expression dans le Gabon post-transition. Pour l’auteur de la tribune ci-dessous, cette sortie ne relève pas d’un simple dérapage, mais révèle une dérive plus profonde dans la manière de concevoir la citoyenneté politique et le droit de contester le pouvoir. Ancien sénateur de la Transition et président du mouvement REAGIR, Michel Ongoundou Loundah signe ici un texte frontal et sans détour. «Vouloir alors réduire au silence un parti légalement constitué sous prétexte qu’il ne siège pas au Parlement est une imposture intellectuelle doublée d’une dérive liberticide», dixit Michel Ongoundou Loundah. © GabonReview / Dall-E (I.A.) Homme politique, dirigeant du parti RÉAGIR, Michel Ongoundou Loundah est aujourd’hui une figure remarquable de l’opposition gabonaise. Il défend une ligne de «réappropriation» du Gabon par ses citoyens, mettant en avant justice, lutte contre les dérives autoritaires et rupture avec les pratiques de l’ancien régime comme de l’actuelle transition. © D.R. La sortie de piste du ministre de la Communication, Germain Biahodjow, lors de sa conférence de presse du 8 mars, n’est pas une simple « boulette ». C’est un aveu de mépris, une éruption d’arrogance qui déchire le voile sur les pulsions autocratiques du régime CTRI/UDB. En intimant à la Coalition pour la Nouvelle République et à ses alliés l’ordre de se murer dans le silence, faute d’élus, le ministre ne fait pas que mépriser l’opposition : il piétine les longues années de luttes politiques, sociales et syndicales qui ont permis au coup d’Etat du 30 août 2023 de se dérouler sans résistance ni effusion de sang. Quelle ingratitude ! La citoyenneté n’est pas un titre de propriété Le ministre tente d’instaurer, par la petite porte, un véritable cens électoral de la parole publique. Dans sa logique bancale, le droit de s’exprimer deviendrait une prébende réservée à une caste de putschistes déguisés en acteurs politiques d’un genre nouveau. Quelle insulte à la conscience nationale ! Que Monsieur le ministre se le tienne pour dit : la loi n°016/2025 du 27 juin 2025, si elle fixe des cadres administratifs, ne saurait servir de bâillon. La représentativité n’est pas la légitimité, surtout quand on pense aux rocambolesques et ridicules conditions d’« élection-procurations » de certains cadres du CTRI/UDB. Vouloir alors réduire au silence un parti légalement constitué sous prétexte qu’il ne siège pas au Parlement est une imposture intellectuelle doublée d’une dérive liberticide. La loi organise les statuts, elle ne confisque pas les consciences. Un groupuscule d’imposteurs parvenus Conditionner l’existence politique à la possession de sièges, c’est vouloir verrouiller notre démocratie pour la transformer en un club privé d’anciens putschistes tentant grossièrement de réécrire l’histoire. Et, c’est surtout un piège circulaire d’une rare malhonnêteté : on exige de l’opposition qu’elle ait des élus pour qu’elle puisse avoir le droit de parler, tout en lui interdisant de parler pour convaincre de potentiels électeurs. Cette mécanique cynique vise un seul but : geler le paysage politique au profit d’un groupuscule d’imposteurs parvenus qui s’agrippent aux manettes, empêchant tout débat contradictoire. Ministre de la Communication ou Procureur de la censure ? Il est proprement ahurissant qu’un ministre dit de la Communication, théoriquement garant de la sève démocratique, s’érige en fossoyeur de la parole libre. La Constitution gabonaise ne consacre pas la liberté d’expression comme une « faveur » octroyée par le CTRI/UDB, mais comme un droit sacré et inaliénable obtenu de haute lutte par les Gabonais. Quant à l’opposition, elle n’est pas une excroissance gênante qu’il faut raboter. Elle est le souffle démocratique vital de la nation. Ce recours aux arguties administratives pour la délégitimer trahit une vérité nue : ce pouvoir, dont tous les Gabonais connaissent les origines et les carences, a une peur panique de la confrontation d’idées. Répondre à la critique des opposants par la menace de mort civile est l’aveu d’une faiblesse pathétique. Un gouvernement fier de son bilan et certain de sa vision affronte l’échange et la contestation. Il ne cherche pas à effacer ses contradicteurs de la carte. Les dirigeants de la Transition se gargarisaient pourtant de « Renouveau ». Mais aujourd’hui, ils semblent oublier que le renouveau ne naîtra jamais dans le silence des cimetières politiques. La démocratie est, par essence, le tumulte des idées et le choc des visions. Que le ministre l’entende bien : ni lui, ni ses amis n’ont mandat pour distribuer les brevets de citoyenneté. Ce rôle souverain appartient au peuple gabonais, et à lui seul. Le jour venu, ce ne sont pas les circulaires ministérielles qui feront foi, mais l’inébranlable volonté des citoyens. D’ici là, notre parole restera haute, libre et insoumise. Nous ne nous tairons pas. N’en déplaise aux tenants du pouvoir CTRI/UDB qui, pour notre plus grand malheur, ont une conception très condescendante et belliqueuse de leur incurie. Michel Ongoundou Loundah Ancien Sénateur de la Transition – Président de REAGIR

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