Trafic transnational de l’Iboga : «Les autochtones savent ce que Lee White a fait !» (G-B. Mapangou)
2026-03-09 - 16:36
Au Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), le débat sur l’avenir de l’Iboga se veut franc et transparent. Lors des travaux en commission, son président, Guy-Bertrand Mapangou, a dénoncé l’existence d’un trafic transnational autour de cette plante emblématique du Gabon, évoquant notamment l’implication présumée de l’ancien ministre des Eaux et Forêts, Pr Lee White, ayant également passé plusieurs années à la tête de l’Agence nationale des parcs nationaux du Gabon. Le président du CESEC, Guy-Bertrand Mapangou. © Communication CESEC Le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Guy-Bertrand Mapangou, a vivement dénoncé un trafic transnational autour de l’Iboga, lors des récents travaux en commission de l’institution. Au cours des échanges, il a cité nommément l’ancien ministre des Eaux et Forêts d’origine écossaise, le Pr Lee White, qu’il accuse d’avoir joué un rôle dans ces circuits de circulation illégale de la plante sacrée gabonaise. «Nous devons d’abord rechercher ce que nous voulons faire de notre Iboga, notamment le préserver comme patrimoine. C’est notre patrimoine ! Je parle sous le contrôle des peuples autochtones, qui savent ce que M. Lee White a fait de l’Iboga. Ces peuples autochtones savent quels sont les circuits transnationaux du trafic de l’Iboga», a déclaré Guy-Bertrand Mapangou devant les membres du CESEC. Cette sortie intervient alors que les travaux en commission se poursuivent au sein de l’institution, plusieurs semaines après l’ouverture de sa première session ordinaire le 17 février dernier. Deux thèmes structurent ces discussions prévues sur une vingtaine de jours : la recrudescence des crimes de sang au Gabon et la valorisation de l’Iboga comme patrimoine national et levier de l’économie verte, de la recherche scientifique et médicale. Un patrimoine au cœur d’enjeux économiques et culturels Pour Guy-Bertrand Mapangou, l’intitulé même du thème consacré à l’Iboga n’a rien d’anodin. Selon lui, les débats doivent permettre de clarifier la gestion nationale de cette ressource à forte portée spirituelle, culturelle et scientifique. «Si le thème a été posé de cette manière-là, c’est parce que nous savons ce qui se passe à l’extérieur, mais nous ne savons pas ce qui se passe à l’intérieur de notre pays concernant l’Iboga. Entre le mystère, le sacré et le mystique, on s’y perd», a-t-il expliqué. Le président du CESEC estime ainsi que le Gabon doit reprendre la maîtrise de ce patrimoine naturel et culturel, souvent évoqué à l’étranger dans les milieux religieux, scientifiques et médicaux. «Comme si on avait peur de protéger ce qui nous appartient. Mais à l’extérieur, dans les communautés religieuses, économiques, scientifiques et médicales, elles parlent de l’Iboga comme si c’était pour eux», a-t-il déploré. Un appel à briser le silence Au-delà de la question patrimoniale, Guy-Bertrand Mapangou a plaidé pour une plus grande transparence sur les circuits entourant la plante. Il a appelé les membres du CESEC à faire preuve de franchise dans les discussions afin d’éclairer les autorités et l’opinion. «Nous sommes au Conseil économique et nous avons la liberté de dire ce que nous savons pour vous éclairer, et c’est important, le savoir», a-t-il insisté. Selon lui, le paradoxe réside dans le fait que l’Iboga, pourtant profondément enraciné dans les traditions gabonaises, suscite depuis plus de deux siècles un intérêt international que les Gabonais eux-mêmes auraient tardé à exploiter ou à encadrer. «Cela fait 200 ans qu’on parle de l’Iboga sans que les Gabonais s’y intéressent réellement», a-t-il regretté. Ces déclarations relancent ainsi le débat sur la protection juridique, scientifique et économique de l’Iboga, alors que la plante est de plus en plus étudiée dans le monde pour ses propriétés thérapeutiques, notamment dans le traitement des addictions.