Suspension des réseaux sociaux : RSF prête à accompagner le Gabon vers un cadre juridique
2026-03-29 - 20:22
Le président de la Haute autorité de la communication, Germain Ngoyo Moussavou, a rencontré à Paris les responsables de Reporters Sans Frontières. Il y a expliqué la suspension temporaire des réseaux sociaux décrétée le 17 février dernier. À l’issue des échanges, l’ONG a dit comprendre les préoccupations gabonaises tout en posant ses conditions, et en proposant son accompagnement. Germain Ngoyo Moussavou, président de la HAC, le 26 mars 2026, dans les locaux de Reporters Sans Frontières (RSF) à Paris. © D.R. Le 26 mars 2026, Germain Ngoyo Moussavou, président de la Haute autorité de la communication (HAC), était à Paris où il a rencontré les responsables de Reporters Sans Frontières (RSF), dont son directeur général Thibaut Bruttin. Un face-à-face dont l’enjeu était diplomatiquement chargé : expliquer, sinon légitimer, la décision du régulateur gabonais de suspendre temporairement l’accès aux réseaux sociaux le 17 février 2026 ; une mesure qui avait suscité une vive inquiétude dans les milieux de la presse internationale. Derrière la sobriété protocolaire de cette rencontre se jouait un exercice périlleux : celui de convaincre l’une des vigies mondiales de la liberté de la presse que la restriction d’un droit fondamental pouvait procéder d’une intention vertueuse. Ngoyo Moussavou a invoqué la prolifération des fausses informations dans un espace numérique devenu, selon lui, un vecteur de déstabilisation de la cohésion nationale, de la paix sociale et de la sécurité du pays. Un argument classique dans les arsenaux des gouvernements confrontés aux turbulences du Web, mais qui, formulé en contexte post-transition politique, méritait d’être entendu avec toute la nuance qu’il commande. Le président de la HAC a tenu à préciser que cette mesure ne traduit «aucune volonté de restreindre les libertés publiques, notamment la liberté d’expression et de la presse, mais [vise] à mettre en place des textes juridiques qui encadrent l’usage d’un écosystème numérique responsable, respectueux des droits et dignité des citoyens gabonais». RSF, de son côté, n’a pas signé de blanc-seing. Si l’ONG dit comprendre les préoccupations sécuritaires avancées par la HAC, elle a rappelé sans détour que sa mission première est de garantir la liberté de la presse et d’expression, et non de cautionner son étouffement. Sa position se décline en une exigence claire : la suspension doit demeurer strictement temporaire, rigoureusement encadrée, et s’inscrire dans un cadre juridique qui protège effectivement les libertés fondamentales, non qui les contourne sous couvert de les organiser. C’est à ce titre, et à ce titre seulement, que l’organisation se dit disposée à accompagner Libreville dans l’élaboration de mécanismes de régulation des réseaux sociaux, précisément pour concilier ordre numérique et droits fondamentaux. Ce dialogue entre Libreville et Paris est révélateur d’une tension structurelle : celle d’États en quête d’ordre numérique qui cherchent, non sans ambiguïté, à concilier souveraineté régulatrice et impératifs de liberté. RSF, en choisissant l’accompagnement plutôt que la condamnation, ouvre une voie : celle du pragmatisme vigilant, dont le Gabon devra désormais se montrer digne.