Suspension des réseaux sociaux : quand la porte-parole confond Meta, Google et Microsoft
2026-02-19 - 13:04
Sur le plateau de TV5 Monde, Jennyfer Melodie Sambat a tenté de justifier la suspension des plateformes numériques au Gabon en affirmant que la mesure ne vise uniquement que Meta. Problème : YouTube appartient à Google, LinkedIn à Microsoft et Pinterest est indépendant. Un cours accéléré de propriété des géants du numérique s’impose, avant que la désinformation officielle ne devienne la norme. Jennyfer Melodie Sambat a tenté de justifier la suspension des plateformes numériques au Gabon en affirmant que la mesure ne vise uniquement que Meta. Problème : YouTube appartient à Google, LinkedIn à Microsoft et Pinterest est indépendant. © GabonReview / Dall-E (IA) Il y a des interventions médiatiques qui éclairent. D’autres qui enfoncent. Celle de Jennyfer Melodie Sambat, porte-parole adjointe de la présidence gabonaise sur TV5 Monde, appartient résolument à la seconde catégorie. Venue défendre la suspension des réseaux sociaux au Gabon, elle a assuré, avec aplomb, que la mesure ne ciblait que les plateformes numériques du groupe Meta. «Il s’agit d’une suspension des plateformes du groupe Meta. Pas de toutes les plateformes numériques au Gabon», a-t-elle affirmé. Sauf que YouTube, Pinterest et LinkedIn, également bloqués, ne font absolument pas partie du groupe de Mark Zuckerberg. Une confusion qui en dit long sur la maîtrise du dossier par les autorités. Petit rappel factuel, puisqu’il semble nécessaire : Meta (anciennement Facebook Inc.) possède Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads. Point. YouTube ? C’est Google, plus précisément Alphabet Inc., qui l’a racheté en 2006 pour 1,65 milliard de dollars. LinkedIn ? Microsoft l’a acquis en 2016 pour 26,2 milliards de dollars. Pinterest ? Société indépendante cotée à la bourse de New York (NYSE : PINS), avec près de 498 millions d’utilisateurs mensuels. Autrement dit, trois entités juridiques distinctes, trois géants technologiques différents, zéro lien capitalistique avec Meta. Mais visiblement, pour la présidence gabonaise, tout ce qui se scrolle se ressemble. Cette confusion révèle l’amateurisme qui entoure la décision de suspension. Car si l’objectif affiché est de réguler les contenus jugés dangereux ou de lutter contre la cybercriminalité, comment justifier une approche aussi large et indifférenciée ? YouTube sert autant aux créateurs de contenu éducatif qu’aux influenceurs. LinkedIn est un outil professionnel essentiel pour les demandeurs d’emploi et les entreprises. Pinterest inspire les artisans, les entrepreneurs créatifs et les designers. Bloquer ces plateformes revient à punir collectivement des millions d’utilisateurs pour des raisons qui restent, au mieux, floues. Pire encore, cette mesure pénalise directement l’économie numérique naissante du Gabon. Les créateurs de contenu gabonais, qui monétisent leurs vidéos sur YouTube, se retrouvent privés de revenus du jour au lendemain. Les startups qui utilisent LinkedIn pour prospecter ou recruter sont coupées du monde professionnel. Les entrepreneurs qui s’inspirent de tendances sur Pinterest perdent un outil stratégique. Tout cela au nom d’une régulation dont les contours juridiques et techniques demeurent opaques. La porte-parole peut bien tenter de noyer le poisson en invoquant une prétendue diversité dans les suspensions, les faits sont têtus : bloquer simultanément les plateformes de Meta, Google, Microsoft et Pinterest, c’est sanctionner l’écosystème numérique dans son ensemble. Et justifier cette décision avec des approximations dignes d’un exposé de collégien n’arrange rien. Si le gouvernement souhaite être pris au sérieux dans sa volonté de réguler le numérique, un minimum de rigueur et de transparence serait bienvenu. Sinon, il ne reste que l’arbitraire. Et la confusion.