Secteur culturel : statut de l’artiste et carte professionnelle au cœur de la réforme
2026-03-04 - 23:35
Le gouvernement veut tourner la page de l’informel dans le secteur culturel. Invité de l’émission Le Gouvernement s’exprime sur Gabon 24, le ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, Paul Ulrich Kessany, a détaillé les contours d’une réforme ambitieuse : professionnaliser les artistes gabonais et leur offrir un cadre juridique et social clair. Première étape de cette transformation : le recensement. Le ministère a engagé un vaste travail de cartographie afin d’identifier les artistes et professionnels de la culture exerçant sur l’ensemble du territoire. Musiciens, comédiens, plasticiens, écrivains, producteurs ou techniciens tous sont concernés. Pour le ministre , il s’agit d’un préalable stratégique. « On ne peut accompagner efficacement que ceux qui sont identifiés », a expliqué le ministre, insistant sur la nécessité de sortir progressivement les acteurs du secteur informel vers un environnement structuré et reconnu. Au-delà des statistiques, l’enjeu est social et économique : permettre aux créateurs de bénéficier d’une existence administrative, d’un accès aux financements et d’une meilleure protection. Au centre de la réforme figure la future carte professionnelle de l’artiste. Ce document officiel ne sera pas une simple formalité administrative. Il ouvrira l’accès à des dispositifs d’aide, facilitera les démarches professionnelles et renforcera la reconnaissance du statut d’artiste. Cette mesure s’inscrit dans la dynamique de mise en œuvre du statut de l’artiste, récemment promulgué. Désormais, l’artiste est reconnu comme un travailleur à part entière, avec des droits et des devoirs encadrés par la loi. Une évolution majeure dans un pays où la création a longtemps été perçue comme une activité secondaire ou informelle. Autre pilier de la réforme : le renforcement du rôle du Bureau gabonais des droits d’auteurs (BUGADA). Chargé de la gestion et de la protection des droits d’auteur, l’organisme demeure peu sollicité. Selon les chiffres avancés par le ministre, seuls 300 à 400 acteurs culturels seraient actuellement enregistrés auprès du BUGADA, un nombre jugé largement insuffisant au regard du potentiel créatif national. Ce faible taux d’adhésion prive de nombreux artistes de revenus liés à l’exploitation de leurs œuvres — diffusion audiovisuelle, reproduction, spectacles publics — et limite leur protection juridique. D’où l’appel lancé aux créateurs à s’enrôler massivement. La réforme repose sur un processus en deux phases : d’abord l’enregistrement dans le cadre de la cartographie nationale, ensuite l’enrôlement formel pour accéder aux droits sociaux et aux mécanismes d’accompagnement. Tryphene Lembah