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Restriction des réseaux sociaux : le cas du Gabon fait école en RDC

2026-03-02 - 11:46

À Kinshasa, l’exécutif congolais a annoncé vendredi 27 février 2026 son intention d’encadrer plus strictement l’usage des plateformes numériques. Sans annoncer de suspension générale à ce stade, les autorités évoquent explicitement la possibilité de «mesures restrictives proportionnées». Une orientation qui intervient quelques jours après la décision de la Haute autorité de la communication (HAC) au Gabon de suspendre les réseaux sociaux, désormais observée comme un précédent régional. Brice Clotaire Oligui Nguema et Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 11 octobre 2023, à Kinshasa. © Com. présidentielle La République démocratique du Congo (RDC) s’oriente vers un durcissement de la régulation des réseaux sociaux. Lors de la 80e réunion ordinaire du Conseil des ministres tenue le 27 février à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a instruit le gouvernement de proposer des mécanismes d’encadrement de l’espace numérique, pouvant aller, «le cas échéant», jusqu’à des mesures restrictives proportionnées et conformes à la loi. Le chef de l’État a mandaté le ministre d’État en charge de la Justice et le ministre de l’Économie numérique afin d’élaborer des dispositions destinées à promouvoir un usage «responsable, éthique et rationnel» des réseaux sociaux. Les autorités assurent vouloir préserver les libertés fondamentales tout en se dotant d’outils juridiques capables de contenir les abus. L’argument sécuritaire et informationnel Dans la communication gouvernementale, les plateformes numériques sont présentées comme des vecteurs croissants de désinformation, de discours de haine et d’incitation aux troubles à l’ordre public. Selon Kinshasa, ces usages seraient susceptibles d’affecter la cohésion nationale et la stabilité sociale. Pour y répondre, l’exécutif entend d’abord s’appuyer sur le Code du numérique, déjà adopté, mais jugé insuffisamment appliqué. Celui-ci prévoit des mécanismes de prévention, de régulation et de répression des infractions commises en ligne. Les autorités souhaitent désormais en assurer la vulgarisation auprès du grand public, des institutions et des magistrats, afin d’en renforcer l’effectivité judiciaire. Des campagnes pédagogiques devront également être menées par le ministère de la Communication et des Médias avec les opérateurs publics et privés. Parallèlement, des modules consacrés au numérique responsable devraient être introduits dans les programmes scolaires et universitaires, intégrant aussi les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Un précédent observé au Gabon Cette inflexion intervient dans un contexte régional marqué par la décision prise au Gabon le 17 février 2026, lorsque la Haute autorité de la communication (HAC) a ordonné la suspension des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national afin de contenir des dérives informationnelles et sécuritaires. Sans reprendre explicitement une mesure aussi radicale, les autorités congolaises s’inscrivent dans une logique comparable : privilégier d’abord l’encadrement juridique, tout en laissant ouverte l’option de restrictions ciblées. L’expression «mesures restrictives proportionnées» suggère un dispositif gradué, reposant sur l’idée d’une limitation ponctuelle ou sectorielle plutôt qu’une coupure générale. Mise en œuvre encore floue Les modalités concrètes d’application restent toutefois indéterminées. Les ministres concernés devront transmettre un rapport d’exécution tous les quinze jours, détaillant les actions entreprises et les difficultés rencontrées. En l’état, la RDC n’annonce pas d’interruption immédiate des plateformes, mais se prépare juridiquement à pouvoir intervenir. L’évolution traduit un changement d’approche : les réseaux sociaux ne sont plus seulement considérés comme des outils de communication, mais comme un enjeu de régulation publique et de sécurité intérieure dans plusieurs États d’Afrique centrale.

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