Réseaux sociaux suspendus : face à la HAC, Bilie-By-Nze assume et revendique la voix de la minorité
2026-03-17 - 10:35
Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG), assume sa position critique face à la suspension des réseaux sociaux décidée par la HAC, il y a un mois. Répondant aux attaques de son président, Germain Ngoyo Moussavou, il revendique pleinement le rôle et la légitimité d’une minorité politique dans le débat démocratique. Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG). © D.R. Alain-Claude Bilie-By-Nze monte au créneau. Dans une interview publiée ce mardi par le quotidien L’Union, l’ancien Premier ministre dénonce une «atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales», après la suspension des réseaux sociaux par la Haute autorité de la communication (HAC). Une décision qu’il juge non seulement liberticide, mais également juridiquement contestable. Réagissant à l’ordonnance rendue le lundi 16 mars par le juge des référés du Tribunal de première instance de Libreville, qui s’est déclaré incompétent, le président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG) annonce que son parti a décidé d’interjeter appel. «Cette décision ne répond pas à nos attentes en droit ni à notre volonté d’aborder le fond de cette affaire d’une extrême gravité», affirme-t-il, estimant que les libertés des citoyens sont directement menacées. Une «hérésie politique» et une dérive dénoncée Mais c’est surtout à Germain Ngoyo Moussavou, président de la HAC, que Bilie-By-Nze réserve une réponse ferme. Qualifié de «porte-parole de la minorité bruyante» par ce dernier dans les colonnes du même quotidien, il rejette cette lecture qu’il considère comme dangereuse pour le débat démocratique. «C’est une hérésie politique», tranche-t-il, dénonçant une «tentation autocratique et tyrannique du pouvoir actuel». Pour lui, la légitimité de son parti à s’exprimer ne souffre d’aucune contestation. Formation politique légalement reconnue, EPG revendique le droit de porter des positions sur tous les sujets d’intérêt national. «Si la minorité ne s’exprime pas, comment pourrait-elle devenir majoritaire dans l’opinion d’abord, et dans les urnes ensuite ?», interroge-t-il, défendant une conception pluraliste de la démocratie où les voix dissidentes ont toute leur place. La compétence de la HAC remise en cause Sur le fond du dossier, l’ancien chef du gouvernement remet également en cause la compétence même de la HAC pour réguler les réseaux sociaux. «La HAC est-elle compétente pour réguler les réseaux sociaux ? En l’état actuel de la loi, la réponse est non», affirme-t-il sans ambiguïté. S’il reconnaît au gouvernement une capacité d’intervention en la matière, il récuse en revanche toute suspension «globale et indéterminée», qu’il juge disproportionnée. Bilie-By-Nze appelle ainsi à une approche plus structurée, fondée sur l’élaboration préalable d’un cadre juridique clair. «Dans tous les pays sérieux, la démarche logique consiste à poser un cadre normatif avant toute régulation», insiste-t-il. En filigrane, c’est une critique globale de la gouvernance actuelle qui se dessine, entre accusations de dérive autoritaire et plaidoyer pour le respect des libertés publiques. Un positionnement qui confirme la volonté d’EPG de s’imposer comme une voix d’opposition sur les questions institutionnelles et démocratiques. «À EPG, nous avons choisi de défendre les principes et les valeurs, plutôt que de défendre un régime, car les régimes passent, les principes et les valeurs demeurent», défend son leader.