Réseaux sociaux : Mark-Alexandre Doumba assume, explique et contre-attaque
2026-03-10 - 12:36
Invité de l’émission Le Grand invité de l’économie RFI/Jeune Afrique, Mark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, a défendu pied à pied une décision qui continue de diviser : la suspension des réseaux sociaux, entrée en vigueur le 18 février 2026 et toujours en cours à l’heure où ces lignes sont écrites. En miniatures, Marc-Alexandre Doumba sur le plateau de RFI avec Bruno Faure et Quentin Velluet (ici, la régie du studio d’enregistrement de RFI) © Bruno LEVY pour Jeune Afrique Vingt et un jours de coupure. Et un ministre qui n’en démord pas. Mark-Alexandre Doumba, 39 ans, homme de la tech propulsé aux commandes du numérique gabonais, incarne avec une désinvolture calculée l’imperturbabilité de l’exécutif face aux critiques. Sa justification est rodée, presque chirurgicale : «Cela fait longtemps que le Gabon exprime sa préoccupation sur la régulation des réseaux sociaux et tente de dialoguer avec les partenaires des plateformes numériques sans que ça n’ait vraiment d’effet. Parfois, dans un environnement où il y a beaucoup de bruit, il faut peut-être faire un peu plus de bruit pour se faire entendre.» Le grand black-out comme levier de négociation, la méthode est brutale, mais le ministre la revendique sans trembler. Mark-Alexandre Doumba, ministre de l’Economie numérique, sur le plateau de RFI. © Bruno LEVY pour Jeune Afrique Il va plus loin, élevant le geste gabonais au rang de doctrine exportable : «Il faut faire ce que le Gabon fait : créer un sentiment d’urgence pour capter l’attention et afin d’établir un dialogue à tête reposée. Nous avons pris un risque en le faisant, qui est néanmoins dans l’intérêt de tous les pays du continent et des pays en développement.» Une posture souverainiste assumée, que Doumba s’empresse de désidéologiser en rappelant qu’elle n’a rien d’exotique : «Nous ne sommes pas les premiers à vouloir encadrer et améliorer le dialogue avec les Gafam», citant pêle-mêle le Sénégal, la RDC, l’Espagne, l’Australie et l’Union européenne. Derrière ce qu’on pourrait appeler coup de force, une ambition réglementaire précise prend forme. Le Conseil des ministres a adopté, durant cette période de suspension, une ordonnance sur l’encadrement des réseaux sociaux. Sa pièce maîtresse ? Une cellule d’alerte informationnelle dont la mission sera de «scanner les réseaux sociaux pour détecter les fausses informations et les contrer en rétablissant la vérité». Le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation est explicite sur les finalités : «Notre volonté est de nous assurer que les populations consomment la vérité et pas la désinformation de masse, comme c’est le cas sur les réseaux sociaux.» Une formulation qui sonnera, selon les sensibilités, comme une promesse de salubrité publique ou comme un aveu de velléités de contrôle éditorial. Sur le front économique, Doumba concède sans se troubler que le coût de la coupure reste à chiffrer. Aux opérateurs télécoms, il a été demandé «de manière informelle» d’évaluer les impacts. «J’ai quelques données mais nous attendons le rapport officiel», lâche-t-il, avec la sérénité de quelqu’un qui a décidé de ne pas se laisser intimider par une facture encore inconnue. Quant au bond spectaculaire de 156 % du budget de son ministère pour 2026, dans un pays dont les finances suscitent l’inquiétude du FMI, il balaie toute objection d’une formule qui résume sa vision : le numérique n’est pas une dépense, c’est «un plan de croissance et non un plan de restriction ou d’austérité». Mieux, il retourne l’argument, faisant du chantier numérique un allié inattendu de la rigueur budgétaire, censé améliorer «le recouvrement des recettes et la transparence dans la gouvernance de l’État». Une ordonnance d’août 2025 oblige déjà l’administration publique à se digitaliser et à privilégier les entreprises locales, signal adressé autant aux bailleurs internationaux qu’aux opérateurs privés, d’Eramet-Comilog aux filiales de multinationales installées au Gabon. Le FMI comprendra, assure Doumba. Ou devra comprendre. L’économie attendra donc que la politique ait fini de parler.