Réparations liées à l’esclavage : à l’ONU, le Gabon vote pour, les États-Unis contre et la France s’abstient
2026-03-26 - 07:31
Adoptée mercredi par une large majorité à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, la résolution portée par le Ghana sur la justice réparatrice liée à l’esclavage met en lumière des lignes de fracture diplomatiques : le Gabon a voté en faveur du texte, tandis que les États-Unis s’y sont opposés et que la France a choisi de s’abstenir, sur fond de désaccords juridiques et politiques. Résultats du vote de l’Assemblée générale sur la résolution déclarant la traite des Africains réduits en esclavage comme étant le plus grave crime contre l’humanité. © ONU/Manuel Elías L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies a adopté, le 25 mars 2026, une résolution majeure sur la reconnaissance et la réparation des crimes liés à l’esclavage et à la traite transatlantique. Le texte, soutenu par le Groupe africain sous l’impulsion de John Dramani Mahama, président du Ghana, a recueilli 123 voix pour, contre 3 oppositions — dont celle des États-Unis — et 52 abstentions, parmi lesquelles la France. Le Gabon figure parmi les États ayant soutenu le texte. Avant le vote, John Dramani Mahama a plaidé pour une reconnaissance collective des injustices historiques. «Aujourd’hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice», a-t-il déclaré. Une reconnaissance des crimes historiques La résolution qualifie explicitement la traite transatlantique et l’esclavage racialisé de «crimes contre l’humanité», en raison de leur ampleur, de leur durée et de leurs conséquences persistantes. Elle rappelle que pendant plus de quatre siècles, des millions d’Africains ont été déportés, réduits en esclavage et soumis à une exploitation systémique dans les Amériques. Le texte met en avant les effets durables de ces crimes, notamment le racisme structurel et les inégalités économiques, et appelle à des mesures concrètes pour réparer ces préjudices historiques. Le Gabon en faveur, la France en retrait En votant pour, le Gabon s’inscrit dans la ligne du Groupe africain, qui milite pour une reconnaissance accrue des injustices historiques et pour l’ouverture de mécanismes de réparations. À l’inverse, la France a choisi l’abstention, traduisant une position intermédiaire dans un débat sensible, sans s’opposer frontalement au texte, mais sans s’y associer pleinement, alors qu’elle fait partie des principaux bénéficiaires de l’esclavage. Le rejet américain au nom du droit international Comme Israël et l’Argentine, les États-Unis ont fermement rejeté la résolution. Leur représentant auprès de l’ECOSOC, Dan Negrea, a jugé le texte «hautement problématique à d’innombrables égards». Washington conteste notamment le fondement juridique des réparations : «Les États-Unis ne reconnaissent aucun droit légal à des réparations pour des torts historiques qui n’étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits». L’ambassadeur a également critiqué une dérive du mandat de l’ONU, estimant que l’organisation ne doit pas «promouvoir des intérêts spécifiques» ni multiplier des initiatives jugées coûteuses. Un appel à la justice et à l’égalité La portée symbolique du texte a été largement soulignée lors des débats. La présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, a rappelé que l’esclavage constitue «l’une des violations des droits de l’homme les plus graves de l’histoire». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à s’attaquer aux héritages contemporains de l’esclavage : «Nous devons lever les obstacles persistants qui empêchent tant de personnes d’ascendance africaine d’exercer leurs droits». Il a notamment plaidé pour une lutte renforcée contre le racisme systémique et pour une meilleure intégration des pays africains dans les instances économiques et politiques mondiales. «Pas de paix sans justice réparatrice» Clôturant les échanges sur une note mémorielle et engagée, la poétesse barbadienne Esther Philips a rappelé l’exigence morale portée par les descendants des victimes : «Il ne saurait y avoir de paix sans justice — une justice réparatrice». Malgré une adoption large, les divisions exprimées lors du vote illustrent la complexité persistante du débat international sur les réparations liées à l’esclavage.