Réforme des partis politiques : à trois mois de l’échéance, 104 formations sous pression, dissolution en vue pour les non-conformes
2026-03-25 - 15:12
La réforme des partis politiques au Gabon, initiée par la loi n°016/2025 du 27 juin 2025, entend assainir et structurer le paysage politique, en imposant des critères stricts de conformité. Les formations politiques doivent, d’ici à fin juin 2026, déposer un dossier complet auprès du ministère de l’Intérieur, incluant Statuts, Règlement intérieur, pièces d’identité des dirigeants et justification d’au moins 10 000 adhérents répartis sur les neuf provinces, avec leur Numéro d’indentification personnelle (NIP). Ces exigences conditionnent désormais la personnalité juridique et le fonctionnement légal des partis. Sauf que qu’en attendant, le débat enfle autour de cette réforme, à trois mois de son échéance. Vue des responsables de quelques formations politiques qui pourraient être dissous si elles ne remplissent pas tous les critères. © GabonReview À trois mois de la date du 27 juin 2026, les 104 partis politiques reconnu au Gabon s’activent pour se régulariser, sous peine de dissolution. Le gouvernement avait rappelé cette urgence lors d’une rencontre le 21 janvier 2026, à l’auditorium d’Arambo, où le ministre de l’Intérieur d’alors, Adrien Nguema Mba, avait invité les dirigeants à déposer leurs dossiers pour établir un «fichier politique consolidé» et fiabiliser les données. Des conditions qui font abondamment couler encre et salive, récemment évoquées, lors de sa déclaration, par le président du Front patriotique gabonais (FPG), Gérard Ella Nguema, à la suite de bien d’autres hommes politiques. Réduire le nombre de formations «fictives ou inactives» Des exigences supplémentaires incluent un siège physique fonctionnel, un compte bancaire dédié, une comptabilité supervisée par la Cour des comptes, des organes internes comme des Commissions finances et arbitrage, ainsi qu’une participation électorale obligatoire sous peine de perte de statut après deux scrutins sans candidatures. En attendant, les états-majors des partis multiplient les efforts. Ils organisent des réunions stratégiques, enrôlements massifs et préparations de Congrès, -tel que le parti REAGIR (Réappropriation du Gabon, de son indépendance, pour sa reconstruction) qui annonce le sien pour le 28 mars-, pour adopter de nouveaux projets de société. Les objectifs officiels de cette réforme sont de réduire le nombre de formations «fictives ou inactives», de moderniser la représentativité et de renforcer la transparence financière. Et le gouvernement justifie, pour sa part, ces mesures par la nécessité d’un paysage partisan équilibré et transparent, avec tenue régulière des Assemblées générales et de déclarations du nombre d’élus. Mais, à ce jour, aucune formation n’a été pleinement déclarée conforme, et les autorités insistent sur la rigueur administrative pour une gestion optimale de la vie publique. Une dureté de la mesure qui frise «la dictature» Les réactions, notamment des acteurs, politiques soulignent particulièrement la dureté de la mesure qui frise «la dictature». L’ancien Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), dénonçait déjà une «démocratie administrée, encadrée, caporalisée» visant à «assécher le paysage politique, éliminer les voix dissidentes». Il avertissait qu’«ainsi naissent les dictatures». Quant à Gérard Ella Nguema du Front patriotique gabonais (FPG), il a plaidé pour la normalisation des aides de l’État sans dissolution des partis pour défaut d’élus, tandis que l’ancien député de la Transition, Jean Valentin Leyama, s’interrogeait sur la faisabilité de cette réforme, notant que pour réunir les signatures, «il faut beaucoup de moyens». Toute chose qui, relevait-il, favorise surtout les partis «adossés au pouvoir» comme l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) et le Parti démocratique gabonais (PDG). Quoi qu’il en soit, le gouvernement maintient le cap du 27 juin et au terme de cette date, on en sera un peu plus fixé sur le sort des formations politiques ne remplissant pas toutes les conditions édictées.