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RÉAGIR dans les filets de l’UDB : autopsie d’une capitulation habillée en conviction

2026-03-29 - 20:32

En se fondant dans l’UDB lors d’un congrès extraordinaire tenu samedi à Libreville, l’aile Ndong Obiang de RÉAGIR a signé l’acte de décès volontaire de son parti. Une fusion-absorption présentée comme un élan idéologique, mais que le contexte (batailles judiciaires perdues, portefeuille ministériel en poche) invite à lire autrement. Autopsie d’une capitulation habillée en conviction. Congrès extraordinaire, vote par acclamation : RÉAGIR a choisi de disparaître dans les rangs de l’UDB. © GabonReview Il y a des disparitions politiques qui font grand bruit. Et il y en a d’autres, plus feutrées, que l’on enveloppe dans le velours du vocabulaire idéologique pour en atténuer la brutalité. Celle de RÉAGIR, du moins de l’aile conduite par François Ndong Obiang, appartient résolument à la seconde catégorie. Le samedi 28 mars 2026, à Libreville, un congrès extraordinaire a officiellement scellé la fusion-absorption du parti Réappropriation du Gabon, de son indépendance, pour sa reconstruction (RÉAGIR) au sein de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), formation-étendard du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Validée par acclamation, ce mode de décision qui en dit long sur la marge réelle du débat, la résolution confie au bureau exécutif le soin de finaliser juridiquement l’opération. Le scénario était écrit à l’avance. La mécanique était huilée. Le résultat, acquis d’avance. La rhétorique de la « convergence » contre l’évidence du contexte François Ndong Obiang a tenu à prévenir toute lecture cynique de l’événement. Invoquant une convergence profonde d’idées et une vision partagée de la reconstruction nationale, le ministre de la Réforme des institutions a récusé tout opportunisme. L’argument est présentable. Il est moins convaincant à l’aune des faits : l’homme cumule une position ministérielle au sein de l’appareil du post-CTRI et une série de revers judiciaires cuisants dans sa bataille pour la direction légale du parti contre son rival Michel Ongoundou Loundah. Dans ce contexte, la «conviction» ressemble fort à une nécessité déguisée en choix. La justification institutionnelle (la récente réforme du système partisan gabonais qui imposerait une nouvelle donne) vient en renfort. Elle n’est pas sans fondement : la rationalisation de l’échiquier politique est réelle, et plusieurs petites formations se retrouvent acculées à des arbitrages existentiels. Mais reconnaître une contrainte structurelle ne dispense pas d’interroger la manière dont elle est instrumentalisée pour légitimer ce qui ressemble, au fond, à un ralliement. Vers une recomposition par absorption L’enjeu véritable dépasse le sort de RÉAGIR. Ce mouvement pourrait initier une réaction en chaîne : d’autres partis fragilisés, tentés par la proximité du pouvoir ou acculés par la nouvelle législation, pourraient emprunter le même chemin vers l’UDB. La consolidation du paysage partisan autour du parti présidentiel constituerait alors moins une pluralité renforcée qu’un pluralisme de façade. Reste une question suspendue, et non des moindres : que fera Michel Ongoundou Loundah, lui qui continue de revendiquer la direction originelle du mouvement ? Sa posture, et ses prochains pas, diront si RÉAGIR peut encore exister quelque part. Ou si ce nom de parti politique, chargé de promesses, n’aura été qu’une parenthèse avalée par les appétits de la transition.

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