Presse en ligne au Gabon : l’APIC ouvre le débat sur un modèle économique à réinventer
2026-03-01 - 17:45
Réunis le 28 février 2026 à Libreville autour du Café média de l’APIC, journalistes et acteurs de la communication ont ausculté les fragilités économiques de la presse en ligne gabonaise. Entre impératif de qualité rédactionnelle et projet de réforme législative, le secteur cherche sa voie vers la viabilité. Les membres de l’APIC et les participants au sortir de leur Café média, le 28 février 2026. © GabonReview C’est devenu un rendez-vous attendu dans le paysage médiatique gabonais. Le 28 février 2026, l’Association des professionnels de l’information et de la communication (APIC) tenait à Libreville son édition mensuelle du Café média, consacrée cette fois aux défis économiques de la presse en ligne, un sujet brûlant dans un environnement où la plupart des rédactions numériques gabonaises peinent à stabiliser leur modèle de financement. François Ndjimbi, l’un des intervenants. © GabonReview «Aujourd’hui, nous avons voulu parler de ce sujet : comment se démarquer d’un modèle économique un peu archaïque, qui ne valorise pas toujours la presse privée ?», a introduit Abel Eyeghe, président de l’APIC Gabon, posant d’emblée le ton d’une réflexion aussi urgente que nécessaire. Deux intervenants ont nourri les échanges : François Ndjimbi, directeur de publication de GabonReview, et Jean-Gaspard Ntoiutoume Ayi, député du deuxième arrondissement de la commune d’Akanda. La qualité, condition sine qua non de toute viabilité économique Pour François Ndjimbi, le diagnostic est sans appel : le modèle publicitaire demeure encore incontournable au Gabon, mais il exige des prérequis que la presse gabonaise ne réunit pas encore suffisamment. «Nous sommes dans une économie où les entreprises achètent de la publicité, que ce soit dans la presse papier, notamment L’Union, ou dans la presse en ligne. Mais un annonceur ne vient que si la publicité porte. Le modèle économique, c’est de vendre de la publicité», a-t-il souligné, ajoutant : «et pour vendre de la publicité, il faut une audience attrayante pour l’annonceur». La formation s’impose, selon lui, comme le nœud gordien du problème. «Tant que les journalistes seront des bricoleurs, nous n’aurons pas de qualité. Sans qualité, pas d’audience ; sans audience, pas de marché publicitaire ; et sans valeur ajoutée, impossible de vendre des produits dérivés», a-t-il martelé, appelant à un renforcement structurel des compétences au sein des rédactions. De son côté, Jean-Gaspard Ntoiutoume Ayi a annoncé son intention de soumettre à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à mieux financer la presse gabonaise, une initiative destinée à desserrer l’étau de la dépendance financière vis-à-vis des autorités publiques et à doter le secteur d’un cadre juridique plus solide et pérenne. L’enthousiasme des participants a témoigné de l’acuité du sujet. «J’ai apprécié cette initiative. Nous n’avons pas tous les jours des spécialistes qui nous offrent une sorte de masterclass sur les questions qui traversent notre domaine», a confié Marina Mats Nziengui, l’une des participantes. Créée en 2019 et forte d’une trentaine de membres, l’APIC a pour vocation de renforcer les capacités des professionnels des médias et de défendre leurs droits. À travers son Café média, l’association entend préserver un espace de dialogue et de partage d’expériences, au service d’une presse gabonaise plus professionnelle, et enfin économiquement viable.