Port-Gentil : l’ONG Aurore au chevet des « dames de la fumée » à Matanda
2026-02-24 - 14:54
À Port-Gentil, la préservation de l’écosystème côtier passe désormais par l’assiette. L’ONG Aurore vient de lancer, dans le quartier Matanda, le projet «Mangrove Verte et Communauté Résiliente». Entre recensement des fumeuses de poisson et introduction des fours «Chorkor», l’initiative vise à concilier survie économique et urgence écologique. Entre recensement des fumeuses de poisson et introduction des fours «Chorkor», l’initiative vise à concilier survie économique et urgence écologique. © D.R C’est une petite révolution qui se prépare dans les fumoirs de Matanda, l’un des cœurs battants de l’activité halieutique de la capitale économique. L’ONG Aurore y a officiellement lancé une opération de recensement des femmes gabonaises exerçant dans la filière du fumage de poisson. Plus qu’une simple collecte de données, cette démarche constitue le socle du projet « Mangrove Verte et Communauté Résiliente », une initiative ambitieuse qui entend transformer durablement les pratiques locales. Le constat est sans appel : le fumage traditionnel, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, est une machine à dévorer la forêt. Très gourmand en bois de palétuviers essentiels à l’équilibre de la mangrove, ce procédé contribue à la dégradation progressive du littoral gabonais. Mais le coût n’est pas qu’environnemental. Pour les « mamans » qui passent leurs journées devant les foyers, l’inhalation prolongée de fumée est un poison lent, provoquant de graves pathologies respiratoires et oculaires. «C’est un projet à grand impact social qui vise à renforcer les capacités des populations de Matanda à gérer durablement l’écosystème de mangrove et à réduire l’impact de la pollution», explique le Dr Ida Flore Maroundou, présidente de l’ONG Aurore. L’objectif est clair : sortir les actrices de la filière de la précarité sanitaire tout en promouvant un nouveau civisme environnemental. L’atout « Chorkor » Pour passer de la parole aux actes, l’ONG mise sur le transfert de compétences et de technologies. Les bénéficiaires auront accès à des formations techniques sur des méthodes de fumage écologiques. Au centre de cette stratégie : le déploiement des fours « Chorkor ». Reconnue pour sa haute efficacité énergétique, cette technologie permet de produire plus, plus vite, et surtout avec beaucoup moins de bois. «L’ambition est de réduire la consommation de bois dans cette activité et de préserver la santé des poumons et des yeux des dames qui exercent cette profession», insiste le Dr Maroundou. En optimisant la production, ces équipements permettent de desserrer l’étau sur les ressources forestières, tout en offrant aux fumeuses de meilleures perspectives de revenus. En structurant cette communauté via le recensement en cours, l’ONG Aurore espère faire de Matanda un modèle de résilience face au changement climatique, où la protection de la biodiversité devient un levier d’autonomisation pour les femmes.