Les tribulations d’Ali Bongo : les limites d’une stratégie
2026-03-03 - 16:45
Les déboires de l’ancien président de la République ne relèvent pas du fait divers. Ils soulignent de nombreuses incohérences. Non seulement Ali Bongo privilégie son autre nationalité, mais il tente, en plus, de peser sur la vie politique nationale. Peut-il s’établir hors du pays sans perdre son statut de membre de droit de la Cour constitutionnelle ? © GabonReview Le Gabon face à lui-même. En apparence anecdotique, une actualité révèle les ambigüités de certains choix. Les tribulations d’Ali Bongo ne relèvent pas du fait divers. Elles soulignent de nombreuses incohérences. Selon Jeune Afrique, l’ancien président de la République ne peut regagner Londres, où réside une partie de sa famille, en raison de problèmes administratifs. Détenteur d’un passeport français, il réside depuis quelques semaines à Paris. Récemment, il a intimé au directoire du Parti démocratique gabonais (PDG) l’ordre d’abdiquer toute prétention «volontairement et sans délai», affirmant en être le président légitime tout en jugeant le congrès du 30 janvier 2025 nul et dépourvu de validité juridique. Autrement dit, non seulement cet officiel gabonais privilégie son autre nationalité, mais il tente, en plus, de peser sur la vie politique nationale. Plus troublant, il assure assistance et protection à des personnalités condamnées à de lourdes peines. Questions et angles morts Peu importent les sensibilités individuelles, le Gabon ne peut ne pas se sentir interpellé. Au-delà des sentiments, il doit en tirer des conséquences. On peut toujours ironiser. On peut se réjouir des déboires d’un clan naguère tout puissant. On peut y voir un retour de bâton, après tant d’années d’arrogance. Cela ne change rien au fond de l’affaire. Déterminés à couper les institutions du peuple, Ali Bongo et sa famille prennent un malin plaisir à exhiber leur vie de nababs. Résolus à jeter l’opprobre sur l’appareil d’Etat, ils pointent les limites de la stratégie du pouvoir. N’étant sous le coup d’aucune poursuite, le président déchu jouit en réalité du statut d’ancien président de la République. Il est, de ce fait, membre de droit de la Cour constitutionnelle. Dès lors, on ne peut rester insensible à ses agissements. On ne peut non plus les traiter par-dessus la jambe. Certes, la loi relative au statut des anciens présidents de la République reste à adopter. Certes, Ali Bongo est libre d’user du passeport de son choix, la nationalité gabonaise n’étant pas exclusive. Certes, l’Etat gabonais n’a pas à s’immiscer dans les décisions des autorités britanniques. Mais on ne peut faire comme s’il s’agissait d’un citoyen lambda. On ne peut raisonner comme si la justice ne s’était jamais prononcée sur les cas Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin. On ne peut feindre d’ignorer les circonstances de leur exfiltration. Un membre de droit de la Cour constitutionnelle peut-il s’établir hors du pays sans perdre cette qualité ? Peut-il se prévaloir ouvertement d’une autre nationalité ? Peut-il entretenir des relations assumées avec des personnes reconnues coupables de crimes économiques et sous le coup d’un mandat d’arrêt international ? Et comment ces personnalités, parties pour l’Angola, se sont-elles retrouvées sur le sol européen ? Comment interpréter le silence de la diplomatie sur ce point précis ? Autant de questions. Autant d’angles morts. Aller au bout de leur logique Les Gabonais ne demandent ni vengeance ni confrontation diplomatique. Ils exigent de la cohérence. Rien de plus. S’ils justifient le traitement réservé à Ali Bongo par son état de santé, ils se demandent si ce dernier dispose encore d’un passeport diplomatique gabonais et pourquoi n’en use-t-il pas. De même, ils peinent à comprendre pourquoi avoir laissé partir son épouse et son fils pour les juger par contumace. S’ils peuvent entendre les arguments relevant de la raison d’Etat, ils s’interrogent sur les garanties ayant entouré leur sortie du territoire national. Entre considérations politiques, humanitaires, juridiques ou diplomatiques, ils veulent être fixés. Mieux informés, ils seraient sans doute moins prompts à céder au procès d’intention. Ils se garderaient peut-être de commentaires acerbes ou de nourrir l’antienne du «C’est le même système». L’exécutif a fait des choix. La justice a rendu des décisions. Ils doivent maintenant aller au bout de leur logique. S’ils doivent traiter Ali Bongo avec les égards dus à son rang, ils doivent aussi activer les mécanismes de coopération judiciaire entre le Gabon et le Royaume-Uni concernant Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin. Au besoin, ils peuvent solliciter l’assistance technique du secrétariat du Commonwealth ou convoquer l’accord de réadmission migratoire. Dans tous les cas, ils ne peuvent se satisfaire du flou actuel. Pour tout dire, l’Etat doit trancher, clarifier et assumer. À défaut, les institutions s’exposeraient au discrédit et à la défiance populaire. Or, les Etats se remettent toujours difficilement de l’érosion de leur propre autorité.