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Les angles morts financiers de l’éducation gabonaise

2026-02-04 - 15:27

Enveloppes opaques, plafonds financiers crevés et circuits budgétaires absurdes : c’est désormais par ces mots que se lit, en creux, la crise de l’éducation nationale gabonaise. Tandis que les salles de classe se vident et que l’État invoque la contrainte financière pour justifier ses lenteurs, une enquête met au jour des chiffres troublants, révélant des zones grises où l’argent public a circulé et pourrait continuer de circuler à l’abri du regard collectif. Plus qu’un simple conflit social, la grève agit ici comme un révélateur brutal des angles morts budgétaires d’un système éducatif sous tension, où la question n’est plus seulement de savoir combien l’État dépense, mais où et pour qui ? Crise scolaire, argent invisible : quand l’éducation se heurte à ses angles morts financiers. © Examensgabon Pendant de longues années alors que les ouvriers de la craie stressaient, une autre mécanique tournait à plein régime : celle d’une dépense publique dont les lignes budgétaires, les vacations et les validations administratives ressemblent moins à un service rendu à la Nation qu’à une économie parallèle adossée à l’État. Les chiffres publiés par Le Confidentiel jettent une lumière crue sur ce qui se joue depuis bien longtemps derrière la crise actuelle : une bataille pour la transparence, et, parallèlement, une autre pour la préservation de circuits de gains. Selon l’enquête de Le Confidentiel (sous la plume de Arnaud Mbeng Edou, 4 février 2026), l’État débloquerait environ 800 millions de francs CFA par an pour l’organisation du CEP et du BAC. Dans cette enveloppe, 10 millions de francs CFA seraient versés à chaque gouverneur de province pour la «simple validation administrative» des examens ; 600 millions de francs CFA iraient à la logistique des épreuves ; et 200 millions de francs CFA seraient affectés au cabinet du ministre de l’Éducation nationale. Pris séparément, chacun de ces montants peut s’expliquer par les coûts d’un dispositif national. Pris ensemble, ils dessinent surtout une architecture où l’examen, moment de mérite et de sélection, devient un objet de captation. Car la polémique ne naît pas de l’existence des dépenses, mais de leur logique : pourquoi l’acte «administratif» est-il rémunéré comme un poste premium, quand l’école manque de tout ? Pourquoi l’enveloppe «cabinet», c’est-à-dire la dotation budgétaire affectée au cabinet politique du ministre, s’impose-t-elle comme un bloc quasi intangible, alors même que l’État a toujours plaidé la rigueur face aux revendications ? Plus explosif encore : s’appuyant sur «sa source», Le Confidentiel affirme que lors des corrections du BAC, le nombre de correcteurs resterait inchangé entre le premier et le second tour, alors même que le volume de copies diminue fortement. Autrement dit : la charge baisse, la masse payée ne suit pas. Dans le même registre, le média rappelle un plafond officiel de 500 000 francs CFA par correcteur, tout en évoquant des cas où certains auraient encaissé 1 à 2 millions de francs CFA. Là, on ne parle plus d’«erreurs» : on parle d’un système qui crée mécaniquement des bénéficiaires, donc des résistances. Dès lors, le blocage autour des audits (fichier matricule, vacations, doublons) n’est plus un détail technique : c’est le nœud politique du conflit. Le point de crispation majeur reste précisément cet audit, présenté par le gouvernement comme une condition préalable. Et si la crise dure, ce n’est peut-être pas seulement parce qu’on manque d’accord : c’est parce que la transparence, elle, coûterait cher, non pas au budget, mais à ceux qui vivent dans ses angles morts.

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