Le Gabon, sentinelle silencieuse d’un monde qui s’échauffe
2026-03-25 - 13:42
Onze années consécutives de records de chaleur. Des océans qui s’emballent, des mers qui montent, un système climatique qui vacille. Le dernier rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale dresse un constat sans appel sur l’état d’une planète en surchauffe. Dans ce tableau sombre, une réalité singulière mérite pourtant d’être examinée avec soin : le Gabon, pays forestier à la densité de population parmi les plus faibles d’Afrique, absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. Une exception qui, selon Adrien NKoghe-Mba*, n’a rien d’une curiosité statistique, et tout d’un argument géopolitique à faire valoir à l’échelle mondiale. Les 13 parcs nationaux du Gabon protègent des éléphants de forêt, des gorilles, des mangroves intactes, des bassins-versants qui régulent des cycles hydrologiques bien au-delà de ses frontières. © GabonReview Il y a quelques jours, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a publié son rapport annuel sur l’état du climat. Onze années consécutives de records de chaleur. Des océans qui accumulent de l’énergie à un rythme deux fois plus rapide qu’il y a vingt ans. Un niveau des mers en hausse continue. António Guterres a résumé la chose avec une sobriété inhabituelle : « Quand l’histoire se répète onze fois, ce n’est plus une coïncidence. C’est un appel à agir. J’ai pensé au Gabon. Un pays du bon côté du livre de comptes Pas parce que le Gabon est au centre de la crise. Précisément parce qu’il en est l’un des rares exemples inverses. Ce pays de deux millions d’habitants, posé sur l’équateur entre l’Atlantique et l’immensité de la forêt du bassin du Congo, absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. Ses forêts tropicales couvrent 88 % de son territoire. Ses 13 parcs nationaux protègent des éléphants de forêt, des gorilles, des mangroves intactes, des bassins-versants qui régulent des cycles hydrologiques bien au-delà de ses frontières. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat de choix politiques durables — l’interdiction d’exporter des grumes brutes, une gestion forestière qui a tenu dans le temps, à travers les alternances et les turbulences. Même les meilleures solutions ont besoin d’un système qui tient Mais voilà ce que le rapport de l’OMM nous enseigne aussi, entre les lignes : même les solutions les mieux construites sont soumises à des pressions qu’elles ne contrôlent pas. La hausse des températures en Afrique centrale perturbe les régimes de pluies. Le dérèglement du cycle hydrologique fragilise les écosystèmes forestiers, même les mieux préservés. Les forêts du Gabon séquestrent du carbone, certes — mais elles le font dans un contexte de réchauffement global qui rend leur mission chaque année plus exigeante. La planète est un système. Aucune politique nationale, aussi rigoureuse soit-elle, ne peut fonctionner en vase clos dans un système global qui se dérègle. La forêt gabonaise n’est pas une île. Elle est un nœud dans un réseau complexe de flux d’énergie, d’eau, de biodiversité et de carbone qui traverse les continents et les océans. Connecter l’effort à l’architecture mondiale L’enjeu pour le Gabon n’est donc pas seulement de continuer à protéger son patrimoine naturel — ce qu’il fait avec une constance remarquable. L’enjeu est de mieux connecter cet effort à l’architecture internationale de la lutte climatique. Les mécanismes de valorisation du carbone forestier, les financements pour la biodiversité, les partenariats scientifiques pour surveiller l’état des écosystèmes : tout cela est encore insuffisant, sous-structuré, sous-financé à l’échelle des besoins réels. Le rapport de l’OMM est un thermomètre. Il mesure la fièvre. Le Gabon, lui, est l’un des rares endroits sur Terre où l’on sait encore fabriquer le remède. La question qui reste ouverte — et qui mérite d’être posée avec sérieux dans toutes les capitales — est de savoir comment mieux soutenir ceux qui, discrètement, font ce travail depuis des décennies. Pas par charité. Par intelligence collective. Adrien NKoghe-Mba*, Président de l’Institut Léon MBA