Incident au Greffe du Tribunal de première instance de Libreville : lenteurs et négligences à l’index
2026-03-17 - 14:02
Un grave incident s’est produit, le 25 février, au Greffe civil du Tribunal de première instance de Libreville, où Amour Marie Huguette Okomo Essono a aspergé, de liquide inflammable, les murs, les dossiers et certains greffiers, dans l’intention manifeste d’y mettre le feu. Cet acte attentatoire à l’intégrité des personnels et des biens a conduit le ministre de la Justice, Augustin Emane, à instruire l’Inspecteur général des Services judiciaires, Apollinaire Ondo Mvé, pour une enquête approfondie. Le rapport remis au ministre met en lumière des dysfonctionnements graves au sein du tribunal, directement ou indirectement à l’origine de cet événement. Vue de la façade principale du Palais de justice de Libreville. © GabonReview À la suite de l’acte attentatoire à l’intégrité des personnels et des biens commis, le 25 février 2026 à 9 heures, par Amour Marie Huguette Okomo Essono, qui avait aspergé de liquide inflammable les murs du bureau, des dossiers et certains greffiers, dans l’intention manifeste d’y mettre le feu, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux chargé des Droits humains, Augustin Emane, a instruit l’Inspecteur général des Services judiciaires, Apollinaire Ondo Mvé, à mener une enquête minutieuse. Le document final, remis au ministre, dresse un constat accablant des dysfonctionnements au sein du tribunal. Il évoque par ailleurs les perspectives pour améliorer la situation. Lenteur chronique dans la gestion des audiences L’enquête révèle une lenteur chronique dans la gestion des audiences. Toute chose illustrée par le dossier de madame Okomo Essono, enrôlé initialement le 28 novembre 2022 pour une simple annulation de vente de terrain. «Le dossier a paradoxalement subi quatorze renvois avant sa première mise en fixation, dont onze au profit du défendeur Issa Lah», note le rapport, qui souligne un délai de trois ans contraire au droit à un jugement dans un délai raisonnable. Après réenrôlement, trois nouveaux renvois ont couvert une année judiciaire entière, traduisant une «légèreté blâmable dans l’administration de l’office de la mise en état». «Cette durée du renvoi est manifestement contraire au droit du citoyen à un jugement dans un délai raisonnable», souligne le rapport. Le document pointe également une mauvaise application de la radiation, sanctionnée après six renvois successifs malgré la diligence de la requérante, présente à toutes les audiences. «Il s’explique difficilement que la radiation ait été ordonnée pour une prétendue inertie de la requérante», car la décision reste imprécise sur les actes manquants, illustrant une «véritable désinvolture». Huit mois se sont écoulés sans diligence du tribunal entre le renvoi du 16 septembre 2025 et le réenrôlement du 10 février 2026, alors que les dossiers renvoyés devaient être immédiatement confiés au greffier audiencier. Un incident révélateur des tensions entre l’institution judiciaire et les populations D’autres failles sont identifiées, comme la mauvaise réaction du Greffe et la porosité des portes d’accès au Palais de Justice. L’Inspection générale exonère toutefois le parquet, louant son attitude «très responsable» et sa «grande circonspection», car l’incident ne relève pas d’un délit d’audience. La hiérarchie du tribunal est créditée pour ne pas avoir retenu la justiciable à vue dans ce contexte impliquant des acteurs judiciaires. À court terme, le rapport propose un renforcement de la sécurité aux entrées des palais de justice via mains courantes et lignes internes, la constitution de partie civile des syndicats, et des conseils de discipline pour les magistrats et greffiers fautifs. À moyen terme, il évoque l’élaboration des manuels de procédures et l’accentuation des contrôles internes. À long terme, le document propose la digitalisation des services et régimes pour infractions flagrantes contre agents publics. «L’incident du 25 février 2026 est révélateur de la tension perceptible dans les rapports entre l’institution judiciaire et les populations», conclut l’Inspection, appelant à promouvoir l’excellence professionnelle