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Grand Marché de Libreville : la DG de l’Agence judiciaire de l’État du Gabon attaquée par  Webcor pour “escroquerie”

2026-03-05 - 16:05

La société française de BTP Webcor a déposé une plainte, le 24 février dernier, pour «escroquerie» et «tentative d’escroquerie» auprès de la justice française visant Diane Moussounda, directrice générale de l’Agence judiciaire de l’État, présentée comme la sœur d’Anouchka Avome, seconde épouse du président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, selon Africa Intelligence. Cette nouvelle procédure judiciaire constitue un nouvel épisode d’un contentieux vieux de plus de dix ans autour du projet du Grand Marché de Libreville et d’un protocole d’accord transactionnel contesté. Webcor Group a déposé une plainte auprès de la procureure de la République de Paris pour «escroquerie» et «tentative d’escroquerie» contre Diane Moussounda, directrice générale de l’AJE du Gabon. © GabonReview La société française de BTP Webcor rajoute une pièce dans la machine judiciaire après le début de son bras de fer avec l’État gabonais, il y a plus de dix ans. Le 24 février 2026, selon Africa Intelligence, l’entreprise a déposé une plainte auprès de la procureure de la République de Paris pour «escroquerie» et «tentative d’escroquerie», visant Diane Moussounda, directrice générale de l’Agence judiciaire de l’État (AJE), l’administration chargée de représenter l’État dans ses contentieux avec les acteurs privés. Selon l’entreprise, cette plainte intervient dans le cadre du différend lié à un protocole d’accord transactionnel signé le 26 janvier 2024 entre l’AJE et Webcor. Le document prévoyait le versement par l’État gabonais et la commune de Libreville d’une indemnité de 100 millions d’euros à la société et à sa filiale Grand Marché de Libreville, en échange de l’abandon des procédures engagées devant les juridictions françaises. Mais, selon la plainte consultée par nos confrères, après que Webcor a retiré son pourvoi devant la Cour de cassation, la partie gabonaise aurait remis en cause la validité du protocole. Les autorités auraient alors soutenu que Diane Moussounda «n’avait pas autorité pour engager l’État à verser une telle indemnité ni pour représenter la commune de Libreville». En conséquence, Libreville considère aujourd’hui cet accord comme nul et refuse de payer les indemnités prévues. Une accusation de fraude pour un contentieux vieux de plus d’une décennie Dans sa plainte, Webcor estime que la responsable de l’Agence judiciaire de l’État s’est contredite sur l’étendue de ses propres pouvoirs. L’entreprise évoque ainsi une «volonté délibérée de commettre la fraude pour se soustraire aux engagements souscrits». La dirigeante visée est par ailleurs la sœur d’Anouchka Avome, seconde épouse du président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce qui donne une dimension politique supplémentaire à cette affaire déjà sensible. Le différend remonte à 2015, lorsque les autorités gabonaises ont rompu unilatéralement le contrat signé cinq ans plus tôt avec Webcor pour la construction du Grand Marché de Libreville. En 2018, la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris avait condamné l’État gabonais et la commune de Libreville à indemniser l’entreprise à hauteur de 136 millions d’euros, soit environ 158 millions d’euros avec les intérêts, pour rupture abusive du contrat. Toutefois, en mai 2021, la justice française a annulé cette sentence arbitrale à la suite de plaintes pénales évoquant des soupçons de corruption entourant l’attribution du marché. Des accusations que Webcor a toujours contestées. Un accord amiable finalement contesté Le changement de régime intervenu au Gabon après le coup d’État du 30 août 2023 avait ouvert la voie à des négociations entre les deux parties. Celles-ci avaient abouti au protocole d’accord signé en janvier 2024. Cependant, cet accord s’est rapidement heurté à des obstacles judiciaires. Le 5 février 2025, le juge de la mise en état de Paris s’est déclaré incompétent et a refusé d’homologuer le protocole, le rendant non exécutoire. Webcor a depuis fait appel de cette décision, tandis que l’État gabonais a saisi le tribunal judiciaire de Paris pour faire annuler l’accord. Une décision est attendue courant 2026. Parallèlement, la société a engagé une procédure de révision de l’arrêt rendu en mai 2021. Elle s’appuie notamment sur le protocole du 26 janvier 2024, qui affirme que les accusations de corruption à son encontre «n’étaient pas conformes à la réalité». Dans ce contexte, la plainte pénale déposée par Webcor pourrait ouvrir une nouvelle séquence judiciaire dans un contentieux devenu l’un des plus sensibles entre l’État gabonais et des entreprises étrangères.

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