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Gabon / Violences postélectorales de 2016 : la France savait, la France a caché

2026-03-05 - 15:55

Un article explosif du magazine Marianne révèle que le ministère français des Affaires étrangères a délibérément entravé une enquête judiciaire sur les massacres ayant suivi la réélection frauduleuse d’Ali Bongo en 2016. Des Français, dont des anciens militaires, seraient directement impliqués dans la répression. Impact de balles à l’entrée du QG de campagne, à Libreville, de l’opposant Jean Ping, attaqué le 2 septembre 2016. © Marco longari / AFP Il y a des silences qui accusent plus que des aveux. Celui du Quai d’Orsay sur le bain de sang gabonais de 2016 est de ceux-là. Dans une enquête publiée ce 5 mars, le magazine Marianne lève un coin du voile sur l’une des pages les plus sombres de la Françafrique contemporaine : la dissimulation, par le ministère français des Affaires étrangères, de preuves accablantes dans une procédure judiciaire ouverte pour crimes contre l’humanité. La Garde républicaine à l’extérieur, «en appui» Une pièce du QG de l’opposant gabonais Jean Ping à Libreville, le 3 septembre 2016, après l’assaut par les forces de sécurité. © AFP/Archives Les faits remontent à fin-août 2016. Ali Bongo vient d’être «réélu» dans des conditions que la Mission d’observation électorale de l’Union européenne, mise sur écoute, au passage, par le clan Bongo pendant toute la durée de sa présence en sol gabonais, jugera entachées d’«anomalies» mettant «en question l’intégrité» du scrutin, notamment dans le fief provincial des Bongo, où la participation atteint le chiffre stalinien de 99,93 %. Face à la contestation populaire, le régime répond par les armes. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, peu après minuit, le quartier général de campagne de l’opposant Jean Ping est mitraillé depuis un hélicoptère. Des hommes cagoulés, postés aux abords depuis l’après-midi, investissent le bâtiment et tirent sans sommation, tandis que la Garde républicaine, elle, reste à l’extérieur, «en appui». Un assaut prémédité, de bout en bout. Un témoin direct, entendu dans les locaux du consulat français, résume : «C’était globalement un carnage.» Six corps gisant dans une mare de sang sur un carrelage gris. Un homme nu, ensanglanté, aux membres disloqués. Une femme violée par quatre hommes en tenue avant d’être exécutée d’une balle dans la nuque. Paris trie, Paris cache Deux plaintes sont déposées en France. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) ouvre une enquête et réclame, dès juillet 2020, les documents diplomatiques afférents. Ce que le magazine Marianne révèle est proprement sidérant : sur 315 documents pertinents identifiés par le Quai d’Orsay lui-même (aucun classifié secret-défense) seuls 35 sont transmis à la gendarmerie. Les autres sont triés, colorés en rouge ou en vert selon leur «sensibilité», puis retenus. Nicolas Roche, directeur de cabinet du ministre Jean-Yves Le Drian et aujourd’hui patron du puissant Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDN), temporise dès le départ : il convient d’abord, écrit-il, d’avoir «une analyse juridique des obligations» avant toute transmission, autrement dit, mesurer jusqu’où l’on peut ne pas coopérer. Parmi les pièces escamotées : un dossier de 26 pages documentant les fraudes électorales, un récit de l’attaque établi par un témoin oculaire dans le bureau de la consule, et trois photographies dont la violence iconographique est insoutenable. Des Français dans le carnage ? Ce qui propulse pourtant ce dossier dans une tout autre dimension, c’est la mise en cause de ressortissants français dans la répression elle-même. Un ancien officier de l’armée de terre, reconverti dans le privé, officiait en 2016 comme conseiller militaire du président gabonais sous le pseudonyme «02» : numéro deux du renseignement. Deux anciens légionnaires assuraient la sécurité personnelle de Bongo ; l’un d’eux aurait été aperçu au QG de Ping avant l’assaut. Enfin, un frère du président, directeur général du renseignement gabonais et titulaire de la double nationalité franco-gabonaise, est lui aussi visé. Il s’agirait vraisemblablement de Frédéric Bongo. Autant de noms que les documents retenus auraient pu contribuer à identifier formellement. En interne, la lucidité n’a pourtant pas manqué. Un directeur adjoint du Quai écrit noir sur blanc : «Nous donnons l’impression de vouloir couvrir les violences post-électorales de 2016.» Le service juridique du ministère avertit qu’en cas de refus, le Quai «s’expose à une perquisition». En vain. À la veille de la présidentielle gabonaise de 2022, soit deux ans après la première réquisition, les documents manquants n’avaient toujours pas été envoyés. Un agent du Quai a finalement saisi la procureure de la République en décembre 2024, invoquant

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