Gabon : un projet de près de 100 millions FCFA pour renforcer les droits forestiers des communautés locales et autochtones
2026-02-11 - 15:47
Le Cabinet Essono Ondo pour le Social et l’Environnement (CEO-SE) et l’ONG ClientEarth ont lancé ce mercredi 11 février 2026, un atelier de démarrage d’un projet quadriennal financé par le gouvernement britannique à hauteur de 99 313 046 de francs CFA. Inscrit dans le cadre du Programme Gouvernance Forestière, Marchés et Climat phase 2 (FGMC2), ce projet vise à accompagner les communautés locales et les peuples autochtones dans la réforme du nouveau Code des Eaux et Forêts attendu, tout en renforçant leurs capacités juridiques face aux enjeux du carbone, de la biodiversité et de l’exploitation forestière. L‘initiative entend promouvoir une gouvernance forestière plus équitable et durable d’ici 2029. Face aux défis persistants de l’exploitation illégale et des faiblesses dans l’application des cadres réglementaires, le Gabon amorce une phase importante dans la sécurisation de son patrimoine forestier. © GabonReview Face aux défis persistants de l’exploitation illégale et des faiblesses dans l’application des cadres réglementaires, le Gabon amorce une phase importante dans la sécurisation de son patrimoine forestier. Sous l’impulsion de l’organisation ClientEarth et du Cabinet Essono Ondo (CEO-SE), le projet «Utiliser la loi pour lutter contre l’exploitation illégale et non durable des ressources forestières» (2025-2029) a été officiellement lancé ce 11 février 2026 à Libreville. Le projet, qui s’étend d’octobre 2025 à février 2029, intervient à un moment stratégique pour le Gabon. «Il y a une réforme majeure qui est en cours, il y a le nouveau code des eaux et des forêts qui est attendu cette année », a souligné Patricia Iacob, conseillère en droit et politiques publiques chez ClientEarth. Une fois la loi adoptée, des décrets d’application devront être préparés, constituant «un point d’entrée important pour assurer l’appui de la participation des organisations de la société civile et des communautés locales et peuples autochtones», a-t-elle précisé. Le projet s’inscrit dans la phase 2 du programme mondial FGMC du Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) britannique, géré par NIRAS. Sur un budget total de 4,3 millions de livres sterling répartis entre le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la République du Congo et le Gabon, ce dernier bénéficie d’une enveloppe d’environ 300 000 livres partagée entre ClientEarth et son partenaire local, le CEO-SE. Toutefois, Patricia Iacob a alerté sur « des nouvelles sur le fait que le gouvernement britannique va réduire de 20% l’aide au développement», ce qui pourrait impacter le financement. Pour Protet Judicaël Essono Ondo, directeur exécutif du CEO-SE et associé-pays de ClientEarth, ce projet répond à « des analyses précédentes qu’on a eues à mener dans le secteur où on a constaté un certain nombre d’insuffisances dans l’application de la loi et des constats faits sur le terrain sur une insuffisance de prise en compte des droits des communautés». Le projet vise donc à «renforcer les capacités des communautés, mais aussi des organisations de la société civile sur une meilleure analyse juridique» et à «opérationnaliser certaines dispositions qu’on devait prendre dans le cadre du code forestier». Genre, carbone et biodiversité au cœur des priorités © GabonReview L’une des particularités du projet réside dans son accent prononcé sur l’intégration du genre. « C’est une grande préoccupation du bailleur», a insisté Patricia Iacob. Le projet prévoit des « dialogues de pré-consultation avant les réformes législatives», la création «d’opportunités de partage de connaissances et d’apprentissage entre pairs, entre les femmes leaders dans les secteurs des ressources naturelles», ainsi que l’évaluation de «la manière dont les femmes sont représentées dans les lois et les politiques à travers des analyses juridiques». Des allocations pour la garde d’enfants pourront même être prévues pour faciliter la participation des femmes. Le projet portera également une attention particulière aux «enjeux nouveaux et très sensibles qui figurent aussi dans les projets de loi comme le bois, les chaînes d’approvisionnement agricoles, les crédits carbone et biodiversité ainsi que la conservation communautaire», a détaillé Patricia Iacob. Elle a relevé que «dans toutes ces dispositions qui existent ou qui sont attendues, il y a un grand risque d’exclusion des communautés si les droits ne sont pas clairement protégés». Le Gabon étant engagé dans plusieurs initiatives internationales comme le CAFI, «il y a peu de clarté sur les droits des communautés locales et des peuples autochtones » dans ces mécanismes de financement climatique. L’approche privilégiée consistera en un appui juridique ciblé aux organisations de la société civile et aux communautés selon des priorités définies par eux-mêmes, a précisé la conseillère de ClientEarth. Le projet prévoit également la mise en place d’une « cellule de vie juridique qui va regarder de près la réforme forestière, les financements carbone et biodiversité, l’implémentation du règlement contre la déforestation de l’Union Européenne », afin d’identifier les risques et d’agir rapidement. Pour Protet Judicaël Essono Ondo, l’impact attendu est clair : « À la fin de ce projet, donc en 2029, on ait renforcé les capacités des communautés à la base, pour que ces communautés-là soient sensibilisées sur leurs droits, comment utiliser, être outillées sur un certain nombre de dispositions légales qu’elles peuvent utiliser pour faire des contentieux, revendiquer un certain nombre de droits qui leur sont reconnus par différents textes de loi, mais dont elles n’ont pas connaissance. » Il a également souhaité que « certaines communautés puissent avoir la possibilité d’intenter des contentieux, des plaintes au niveau de certaines autorités compétentes ». Ce projet s’inscrit dans une collaboration de longue date entre ClientEarth et le Gabon, initiée en 2012, et témoigne de la volonté de faire de la loi un outil au service d’une gouvernance forestière «plus inclusive, transparente et durable».