Gabon-Japon : au Capal, la coopération halieutique prend le goût du Satsumaage
2026-03-01 - 18:15
À l’occasion d’une journée portes ouvertes organisée par l’ambassade du Japon à Libreville, des professionnels des médias ont plongé au cœur du Centre d’appui à la pêche artisanale (Capal), vitrine discrète mais éloquente d’un partenariat nippo-gabonais qui, depuis plus d’une décennie, façonne en profondeur la filière halieutique nationale. Une vue du Capal, le 27 février 2026 à Libreville. © GabonReview Il y a des lieux qui, sans ostentation, incarnent mieux que n’importe quel discours diplomatique la réalité d’une coopération internationale. Le Centre d’appui à la pêche artisanale de Libreville, le Capal, est de ceux-là. Inaugurée en 2012 grâce à un don du gouvernement japonais, cette infrastructure portuaire s’est imposée, au fil des années, comme un maillon stratégique de l’économie bleue gabonaise : pôle structuré de débarquement, marché encadré par une mercuriale, espace de formation et, désormais, creuset d’un transfert de savoir-faire culinaire entre deux cultures que tout semblait, a priori, séparer. Quelques moments de la journée. La préparation du Satsumaage, le poisson utilisé pour la préparation, les membres du Capal en pleine action et le chef Ito prêt pour la vente avec l’homologue Ampère. © GabonReview Le vendredi 27 février dernier, en marge des activités de pêche pratiquées quotidiennement sur le site, les membres de la presse invités par l’ambassade du Japon ont assisté à la préparation et à la commercialisation du Satsumaage : galette de poisson d’origine japonaise, façonnée à partir de chair finement travaillée, mêlée de farine, de carottes, d’oignons, de mayonnaise et d’huile. Une recette en apparence simple, mais dont l’exigence technique se révèle dès les premières manipulations. Le poisson comme matière première et comme art «L’ingrédient principal de cette recette, c’est le poisson. Tout repose sur la technique qui consiste à retirer soigneusement les arêtes afin d’obtenir une chair parfaitement intégrée au mélange.» Ces mots, prononcés avec la précision d’un apprenti conscient de l’enjeu, sont ceux de Parker Pendy, cuisinier gabonais en formation aux côtés du chef japonais Ito Massashi, envoyé au Gabon dans le cadre du programme des Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV), piloté par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Pour le chef Ito, cet apprentissage transcende la seule transmission d’une recette. Il représente, dans son esprit, un véritable dialogue entre deux traditions culinaires, deux façons d’appréhender la mer et ses ressources. Jean Ampere, agent à la Direction générale de la pêche et de l’aquaculture, affecté au Capal dans le cadre du partenariat avec la JICA, a détaillé avec précision le cheminement du produit, du débarcadère à l’assiette. «Tout commence au débarcadère. À l’arrivée du poisson, il est essentiel de sélectionner des espèces riches en chair et en oméga-3. C’est pourquoi nous privilégions la bonite», a-t-il expliqué. Les galettes peuvent ensuite revêtir différentes formes selon les usages (silhouette de poisson, boulettes ou beignets destinés à la friture), offrant ainsi une déclinaison accessible à la fois aux restaurateurs et aux ménages. Un centre au service de la souveraineté alimentaire Après la dégustation, la responsable du site, Olga Bouanga Minko, a rappelé avec clarté la vocation fondatrice du Capal. «Le centre de pêche est un don du peuple japonais au peuple gabonais. Il vise à permettre aux Gabonais de consommer du poisson frais, de bonne qualité et à un prix accessible, tout en attirant l’ensemble des débarquements du Grand Libreville», a-t-elle souligné. Au-delà de la symbolique du don, c’est bien un dispositif opérationnel qui a été mis en place : prix encadrés, traçabilité renforcée des produits halieutiques, régulation du marché local. En cela, le Capal répond à une ambition qui dépasse la seule diplomatie de bonne volonté pour s’inscrire dans une logique de structuration durable de la filière pêche gabonaise. La JICA, architecte silencieuse d’un pont entre deux mondes C’est dans cette dynamique que le chef Ito Massashi a été dépêché à Libreville. Élodie Claude Megane, chargée de l’administration et du programme des volontaires à la JICA, a précisé les conditions de cette présence. «Ito est présent au Gabon à la suite d’une demande formulée par le Capal. Il est venu en tant que volontaire pour un échange d’expertise dans le domaine de la pêche», a-t-elle indiqué, ajoutant que la prise en charge des volontaires est intégralement assurée par l’agence. Un modèle de coopération singulier, fondé non sur l’aide financière mais sur le capital humain, et dont les effets, moins spectaculaires mais plus durables, se mesurent à l’aune des compétences transmises. À ce jour, près de soixante volontaires japonais sont déjà intervenus au Gabon dans les secteurs de la pêche et de l’agriculture, tissant patiemment les fils d’un partenariat technique aux retombées concrètes. Les galettes de poisson issues de cette collaboration sont, elles, proposées à un prix délibérément populaire (trois unités pour mille francs CFA), signe que l’ambition du programme n’est pas marchande, mais sociale et pédagogique. Au Capal, le Satsumaage n’est pas qu’une spécialité culinaire venue d’ailleurs. Il est le symbole comestible d’une coopération qui, loin des ors de la diplomatie, choisit la chair du poisson et le geste du cuisinier pour dire, plus humblement et plus sûrement, ce que peuvent être les relations entre deux peuples. Thécia Nyomba