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Gabon : 50 % du budget non dépensé, zéro mot sur les détournements

2026-03-24 - 12:42

La version préliminaire du Plan national de croissance et de développement (PNCD 2026-2030) du gouvernement post-transition contient un aveu budgétaire dévastateur : depuis des années, seulement la moitié de l’argent prévu pour investir est réellement dépensée. L’autre moitié dort, se volatilise ou s’évapore dans des directions que le document, curieusement, se garde bien d’explorer. Pendant ce temps, les routes restent trouées, les hôpitaux sous-équipés, les délestages s’accumulent. Et les Gabonais attendent, plan après plan, que leurs impôts finissent enfin par construire quelque chose. Voté, financé, abandonné. Le résumé, en une image, de cinquante ans de planification gabonaise. © GabonReview/Dall-E (IA) Le chiffre est inscrit noir sur blanc dans le document officiel. Pour atteindre ses objectifs de croissance, le PNCD 2026-2030 fixe comme condition préalable «le relèvement du taux d’exécution du budget d’investissement de 50 % à plus de 90 %.» Traduction immédiate : aujourd’hui, un franc sur deux voté pour construire des routes, des hôpitaux ou des écoles ne sera jamais dépensé. Il sera annulé, reporté, perdu dans les méandres de l’administration, ou simplement oublié. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas la faute du Covid, ni de la chute du pétrole, ni du coup d’État. C’est une pathologie d’État, documentée, récurrente, et visiblement acceptée depuis des décennies. Les salaires des fonctionnaires dévorent ce que les projets attendent La première explication, le plan la donne lui-même sans détour : «les dépenses en capital du gouvernement sont faibles (3 % du PIB), se traduisant par un déficit en infrastructures économiques énormes, alors que les dépenses courantes hors intérêt, en particulier les traitements et salaires, consomment plus des deux tiers du budget de l’État.» Le Gabon ne manque pas de budget. Il en consacre l’essentiel à payer ses fonctionnaires, et une fraction dérisoire à construire le pays. Quand il reste quelque chose pour investir, la machine administrative se charge de ne pas le dépenser. Des projets votés, jamais exécutés La seconde explication est encore plus accablante. Le PNCD pointe «l’absence d’évaluations préalables, de mécanismes de suivi et de dispositifs de maintenance» des investissements publics. Il dénonce «les écarts entre les crédits votés et leur exécution» qui «traduisent un pilotage pluriannuel insuffisant et des ajustements tardifs qui affectent la mise en œuvre des politiques publiques.» Les projets sont donc inscrits au budget sans études sérieuses, sans foncier sécurisé, sans entreprises sélectionnées. Résultat : quand vient l’heure de construire, rien n’est prêt. Le budget expire. Le projet repart pour un tour ou disparaît. Et pour couronner le tout, le plan reconnaît que «la transparence, la gouvernance financière et la redevabilité restent des défis majeurs» et que «la production régulière des comptes publics est encore irrégulière ou incomplète.» Autrement dit, non seulement l’argent ne se dépense pas, mais personne ne sait exactement où il va. Pas même l’État. Où va le reste ? Il est un sujet que le PNCD 2026-2030 refuse ostensiblement d’aborder, malgré ses 130 pages de diagnostic : le détournement des deniers publics. Le mot n’y figure pas une seule fois. La corruption est mentionnée, mais jamais chiffrée, jamais reliée aux défaillances budgétaires pourtant abondamment documentées. C’est un angle mort volontaire, et il est éloquent. Car la question que le plan évite soigneusement est précisément celle que ses propres chiffres imposent : où va la moitié du budget d’investissement qui n’est pas dépensé ? Les pistes sont connues : marchés publics surfacturés, gré à gré sans appel d’offres, régies d’avances sans justificatifs, projets d’investissement servant de véhicules déguisés pour des dépenses de fonctionnement. Le plan cite pourtant la Cour des Comptes, l’ANIF et la CNLCEI, sans un mot sur leurs résultats concrets ni les sommes recouvrées. Un État qui produit des comptes publics «encore irréguliers ou incomplets», selon ses propres termes, est un État qui a organisé son propre aveuglement. L’argent public gabonais se dépense dans l’obscurité. Les Gabonais ordinaires en voient rarement la couleur. Face à ce tableau, le PNCD promet la digitalisation des marchés publics, un meilleur suivi des projets et une planification ministère par ministère. Des réformes présentées comme révolutionnaires, mais, que les quatre plans précédents promettaient déjà, mot pour mot. Un pays qui ne parvient pas à dépenser la moitié de son budget d’investissement n’a pas besoin d’un nouveau plan. Il a besoin de se demander pourquoi les anciens n’ont jamais été exécutés.

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