Gabon : 200 heures d’obscurité, 13 % d’hydro exploité, l’aveu officiel d’un échec énergétique
2026-03-23 - 16:41
Plan de développement du gouvernement post-transition, le PNCD 2026-2030 contient un chiffre que les Gabonais connaissent par cœur pour le vivre quotidiennement : plus de 200 heures de coupures d’électricité par an. L’important potentiel hydroélectrique du pays n’est exploité qu’à 13%. Des aveux d’État sur une crise qui dure depuis des décennies, et qui coûte au pays bien plus que le prix du gasoil des groupes électrogènes. Dans un pays qui fournit du pétrole à d’autres de la planète, allumer une ampoule le soir tient encore du pari. ©focusgroupemedia 200 heures. C’est, selon le document officiel lui-même, le temps que les Gabonais passent chaque année dans le noir. Cinq semaines de coupures cumulées. Pas dans un village reculé de l’Ogooué-Ivindo. Dans l’ensemble du pays, Libreville comprise. Le PNCD 2026-2030 ne mâche pas ses mots sur les causes : une capacité installée d’environ 700 MW pour des besoins estimés à 1 200 MW. Un déficit de 500 MW. Et un mix énergétique dont 65 % repose sur des centrales thermiques au fioul. Pendant ce temps, le potentiel hydroélectrique du pays, l’un des plus importants d’Afrique centrale hormis le Congo, est exploité à seulement 13 %. Un scandale silencieux dans un pays arrosé par l’Ogooué, l’Ivindo et la Ngounié. Une facture que personne ne comptabilise Pour les entreprises, chaque coupure est une perte sèche. Les PME gabonaises investissent une part significative de leur trésorerie dans des groupes électrogènes, du carburant, des onduleurs : des coûts qui ne produisent rien et n’emploient personne. Pour les hôpitaux, l’équation est plus grave : une coupure dans un bloc opératoire ou une salle de réanimation ne se mesure pas en heures perdues, mais en vies menacées. Pour les familles, enfin, c’est une violence quotidienne et silencieuse : denrées perdues, enfants incapables d’étudier le soir, petits commerces fermés. Les plus pauvres, sans groupe électrogène, sont comme toujours les plus exposés. Promesses connues, résultats attendus Le PNCD annonce des chantiers hydroélectriques ambitieux : Mitoungou (600 MW), Booué (600 MW), Tsengue-Lélédi (300 MW), et 2 249 kilomètres de nouvelles lignes d’interconnexion. Des projets qui transformeraient radicalement le pays s’ils se réalisent. Mais, le Plan d’Accélération de la Transformation (PAT) 2021-2023 qui précédait immédiatement le PNCD, promettait déjà la modernisation énergétique. Le Plan National de Développement pour la Transition (PNDT) 2024-2026 le promettait également. En attendant, les groupes électrogènes tournent. Les bougies s’allument. Et les 200 heures d’obscurité annuelle s’écoulent, patiemment, comme elles s’écoulent depuis des années.