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Cybercriminalité en Afrique : 651 arrestations, 25 milliards FCFA détournés, un fléau qui ne faiblit pas

2026-02-19 - 14:34

En deux mois, Interpol et les polices de 16 pays africains ont frappé fort contre les réseaux de cybercriminels. Bilan de l’opération «Carton Rouge 2.0» : 651 suspects arrêtés, 2,8 milliards FCFA saisis, mais un préjudice global estimé à 25 milliards FCFA. Entre phishing sophistiqué, faux prêts et arnaques aux cryptomonnaies, la cybercriminalité représente désormais 30% des délits en Afrique de l’Ouest et de l’Est. En deux mois, Interpol et les polices de 16 pays africains ont frappé fort contre les réseaux de cybercriminels. © D.R. Du 8 décembre 2025 au 30 janvier 2026, l’opération «Carton Rouge 2.0», pilotée par Interpol et soutenue par le ministère britannique des Affaires étrangères via l’initiative AFJOC (African Joint Operation against Cybercrime), a permis l’arrestation de 651 cybercriminels dans 16 pays africains. Parmi eux : l’Angola, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Gabon, la Gambie, le Ghana, le Kenya, la Namibie, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. Les saisies s’élèvent à 4,3 millions de dollars américains, soit environ 2,8 milliards de francs CFA. Mais le préjudice total infligé aux victimes atteint 45 millions de dollars, soit près de 25 milliards FCFA. Un gouffre qui illustre la difficulté à récupérer les fonds détournés et l’ampleur des réseaux démantelés. À ce jour, seulement 1 247 victimes ont été identifiées, principalement en Afrique, mais aussi ailleurs dans le monde. Interpol estime ce chiffre largement sous-évalué et encourage les victimes à se manifester auprès des autorités locales. Les techniques employées par ces cybercriminels sont aussi variées que redoutables. Au Nigeria, un réseau a infiltré la plateforme d’un grand opérateur de téléphonie pour voler des crédits de communication revendus illégalement. Dans le même pays, un autre groupe utilisait le phishing pour proposer de faux investissements en actifs numériques et cryptomonnaies, promettant des rendements alléchants avant de disparaître avec les mises. En Côte d’Ivoire, 58 personnes ont été arrêtées pour fraude aux prêts mobiles. Le schéma : cibler des populations vulnérables avec des offres de prêts rapides sans garantie, puis imposer des frais exorbitants et recourir à des pratiques de recouvrement abusives. Au Kenya, des escrocs sollicitaient via les réseaux sociaux des investissements minimums de 50 dollars (environ 32 500 FCFA) en promettant des profits mirobolants. Les investisseurs ne revoyaient jamais leur argent. Vingt-sept arrestations y ont été effectuées. Neal Jetton, directeur de la cybercriminalité à Interpol, souligne que ces réseaux causent des «dommages financiers et psychologiques dévastateurs aux entreprises comme aux particuliers». Un constat confirmé par un rapport d’Interpol de juin 2025 : la cybercriminalité représente désormais 30% des actes criminels recensés en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Un crime sur trois commis sur le continent est désormais lié au numérique. Après les opérations « Serengeti » et « Tonnerre », « Carton Rouge 2.0 » démontre que les cybercriminels infiltrent toutes les strates de l’économie africaine. Reste à savoir si les États, dont le Gabon, se doteront des moyens techniques et juridiques pour endiguer durablement ce fléau. En attendant, les victimes continuent de payer le prix fort.

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