[Contribution] L’angle mort des mineurs oubliés
2026-03-23 - 16:41
Entre 18 et 21 ans, des milliers de jeunes Gabonais évoluent dans un vide juridique que la loi ne comble pas. Trop âgés pour bénéficier des protections du Code de l’Enfant, trop jeunes pour avoir atteint la majorité civile fixée à 21 ans, ils forment une génération sacrifiée sur l’autel des incohérences législatives : sans aide sociale, sans placement possible, sans suivi pénitentiaire adapté. Une zone grise que le droit commun ne suffit pas à éclairer, et que la seule responsabilité parentale ne saurait combler. Dans la tribune ci-après, Greta Marat-Abyla, Présidente du Tribunal pour Enfants de Port-Gentil et Magistrat Hors-Hiérarchie, dissèque avec rigueur les failles d’un système qui, sous couvert d’une réforme sémantique, a oublié de protéger ceux qu’il prétend servir. Ni enfant, ni adulte. Dans les couloirs de la justice gabonaise, une génération entière attend une protection que la loi n’a pas encore pensé à lui accorder. © GabonReview/Dall-E (IA) Promulguée le 08 février 2019 et publiée au Journal Officiel le 04 mars de la même année, la loi numéro 003/2018 portant Code de l’Enfant en République Gabonaise constitue désormais le socle juridique de référence en matière de droits des enfants. Cette loi s’aligne sur la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) du 20 novembre 1989 et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant (CABDE) de 1990, toutes deux ratifiées par le Gabon. Elle vient abroger les dispositions de la loi numéro 39/2010 du 25 novembre 2010 portant régime judiciaire de protection du mineur, et établir des procédures spécifiques pour les mineurs en conflit avec la loi, tout en intégrant les droits fondamentaux de l’enfant, y compris la protection sociale, l’alimentation et un cadre juridique adapté. L’entrée en vigueur de cette loi consacre une évolution terminologique majeure : le terme mineur est systématiquement remplacé par celui d’enfant. Ainsi, les juridictions pour mineurs deviennent les tribunaux pour Enfants, et les Juges pour mineurs sont désormais désignés comme des Juges pour Enfants. Mais bien qu’il existe cette migration sémantique, on constate la persistance d’une confusion entre les termes mineur et enfant, ce qui fragilise le système de protection juridique. Historiquement, la loi de 2010 omettait de définir précisément la minorité en matière de protection, se référant par défaut à