Consultations à la présidence de la République : une actualité à la plus-value incertaine
2026-03-23 - 16:52
Après l’épisode de la «poussée d’Archimède», voici la polémique politicienne. S’il n’en est pas le principal artisan, Brice-Clotaire Oligui Nguéma n’en est pas étranger non plus. Comme si la gestion d’un État pouvait se ramener à une émission de téléréalité. Pourquoi médiatiser ces moments pour en dissimuler l’essentiel ? © Communication présidentielle Gabon Vendredi 20 mars, les Gabonais ont été informés de la tenue de consultations à l’initiative du président de la République. Des noms ont circulé. Blaise Louembé pour le Parti démocratique gabonais (PDG), Pierre-Claver Maganga-Moussavou pour le Parti social-démocrate (PSD), Séraphin Ndaot Rembogo pour le Parti pour le développement et la solidarité sociale (PDS), Victor Mouang’ Mbading’ pour le Mouvement pour l’émancipation socialiste du peuple (MESP)... Aussitôt, certains ont relevé l’absence d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure d’Ensemble pour le Gabon (EPG). Au-delà de tout, un fait a retenu l’attention : personne, ou presque, ne s’est montré disert sur le contenu des échanges. Les participants ayant consenti à s’exprimer ont invariablement fait dans la langue de bois. Quant à la communication officielle, elle a aligné des formules convenues, recyclant le catéchisme en vigueur sans jamais aller au concret. Pourquoi ce clair-obscur ? Pourquoi médiatiser ces moments pour en dissimuler l’essentiel ? Pour nourrir la spéculation ? À défaut de transparence, le silence n’aurait-il pas été plus cohérent ? Surenchère Erreur de communication ? Initiative mal conçue ? Ou mal comprise ? Cette séquence intrigue. On pourrait en rire si elle ne révélait pas, une fois encore, un déficit de cohérence. On pourrait en rire si la crédibilité du pouvoir n’était pas en jeu. Une fois de plus, le président de la République se retrouve au centre d’une actualité incomplète, à la plus-value incertaine. Après l’épisode de la «poussée d’Archimède», voici la polémique politicienne. Certains y voient «un coup de billard tactique», Annie-Léa Méyé ayant été conviée sans l’aval de son parti. D’autres dénoncent une «démonstration de rassemblement», doublée d’une volonté de semer la «zizanie au sein de l’opposition». Brice-Clotaire Oligui Nguema avait-il réellement besoin de ça ? On peut en douter tant il bénéficie encore du soutien de tous les partis dits «représentatifs», c’est-à-dire jouissant d’un ancrage de terrain. Et pourtant, il y a bien eu faute. Le président de la République n’en est peut-être pas le principal artisan, mais il n’en est pas étranger non plus. En faisant la promotion des influenceurs autoproclamés, il a contribué à brouiller les frontières entre activisme et politique. En plaçant les réseaux sociaux au centre de sa communication, il a entretenu une confusion entre transparence et mise en scène, proximité et surexposition. Malgré les appels à davantage de sobriété, en dépit des invitations à structurer la parole publique, les initiatives intempestives se sont multipliées, souvent au nom d’une proximité supposée d’avec lui. Dans ce climat, les services officiels ont très tôt été débordés. Pour ne pas perdre la main, ils ont essayé de suivre le rythme, sombrant dans la surenchère. On en voit les effets pervers. Gestion d’un Etat ou émission téléréalité ? Autour du président de la République, les cercles informels – amis, fréquentations de circonstance ou visiteurs du soir – ont pris une place inconsidérée. Trop visibles, trop bruyants, parfois brouillons, ils ont empiété sur les prérogatives des structures officielles. Relégués au second plan, les membres du cabinet ont été contraints de rivaliser pour exister, quitte à trop en faire. En première ligne, la cellule communication a longtemps feint d’ignorer ces intrusions. Mais ce silence a été interprété comme un aveu d’impuissance voire de faiblesse. Dès lors, chacun s’est cru en droit de faire comme bon lui semble, sans considération pour la cohérence d’ensemble. Acculés, les communicants ont entrepris de tout filmer, tout diffuser, tout montrer. Comme si la gestion d’un Etat pouvait se ramener à une émission de téléréalité. Le résultat est là : un président de la République surexposé, une action publique brouillée et une parole officielle banalisée. Le cabinet présidentiel peut-il encore reprendre le contrôle des opérations ? Peut-il se hisser à la hauteur des enjeux, malgré les interférences et peaux de banane ? De toute évidence, la communication officielle poursuit un objectif unique : la valorisation de l’image du président de la République. Du coup, l’explication, la pédagogie et la compréhension citoyenne importent peu. Chacun veut apparaître comme le relais le plus fidèle, le «soldat» le plus engagé, quitte à saturer l’espace, à entraver l’action, à brouiller le message. Dans cette malsaine compétition, il n’y a pas de temps pour la réflexion. La tactique individuelle remplace la stratégie d’ensemble. La lutte de positionnement supplante le travail de groupe. Et le bourrage de crâne passe avant la sensibilisation. Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Au dégoût ? On ose croire le contraire.