Conseil départemental de Bendjé : Le ras-le-bol des « oubliés » du Trésor
2026-02-19 - 14:55
Cinq mois d’arriérés de salaires, des primes évaporées et un climat social délétère. Au Conseil départemental de Bendjé (CDB), la coupe est pleine. Sous l’égide de la Confédération nationale des syndicats du Gabon (CNSG), les agents ont lancé, le 16 février, un mouvement de grève illimitée. Entre détresse sociale et imbroglio administratif, le cri de colère vise désormais le sommet de l’État. Les agents du CDB au piquet de grève pour revendiquer leurs droits légaux. © Gabonreview Le décor est planté devant le siège de l’institution : tambours, tonneaux et chaises de fortune. © GabonReview Le décor est planté devant le siège de l’institution : tambours, tonneaux et chaises de fortune. Ce n’est pas une célébration, mais l’expression d’une exaspération qui couve depuis trop longtemps. Depuis le lundi 16 février, les agents du Conseil départemental de Bendjé ont déserté les bureaux pour le piquet de grève. En cause ? Une ardoise salariale qui s’allonge dangereusement et des acquis sociaux qui fondent comme neige au soleil. La genèse de ce débrayage remonte au 26 janvier dernier. Réunis en assemblée générale extraordinaire, les délégués du personnel ont dressé un constat amer : les mois d’octobre, novembre et décembre 2025 manquent toujours à l’appel. À ce passif s’ajoutent désormais les premiers mois de l’année 2026. «Nous sommes dans un mouvement de grève illimitée occasionné par le non-paiement de nos salaires il y a cinq mois», fustige Audrann-Loïc Onouviet, enseignant en service au CDB. Au-delà du salaire de base, c’est l’amputation des accessoires de solde qui étrangle les ménages. La prime spéciale, représentant 30 % des revenus, a été supprimée, tout comme la prise en charge médicale ou l’arbre de Noël des enfants. Les conséquences humaines sont dramatiques. Expulsions locatives, incapacité de se soigner, et même, selon les syndicalistes, des décès prématurés faute de moyens. «Nous vivons de la débrouillardise», lâche, impuissant, un agent. Un héritage lourd et une Transition pointée du doigt Si le mouvement actuel cible la gestion comptable au Trésor, il souligne surtout un mal structurel. Pour la CNSG, si l’actuelle présidente, Lucie Daker Akendengué, a hérité d’une situation déjà compromise par les mandatures précédentes, l’ère de la Transition n’aurait pas tenu ses promesses de restauration de la dignité du travailleur. «Le climat depuis la transition est délétère. Depuis avril 2025, l’équipe transitoire est venue matraquer les travailleurs», s’insurge Firmin Nzengui Massala, 1er Secrétaire national de la CNSG. Pour ce dernier, l’après-présidentielle a laissé un goût de cendres : les promesses de régularisation se sont muées en silence administratif. L’exigence d’un cadre normatif Les revendications, portées par le collège des délégués, sont claires et se veulent non négociables : l’arrimage immédiat à la grille de la Fonction publique du 20 août 2015 ; l’harmonisation des primes et le rétablissement de la couverture médicale ; le remboursement intégral des indus et la réparation du préjudice moral. Invoquant les articles 378 et 383 du Code du travail, ainsi que la loi n°022/2021, la centrale syndicale estime avoir épuisé toutes les voies de recours amiables. Désormais, le regard se tourne vers Libreville. « Ce n’est pas la crise de l’actuelle présidente du CDB. Voilà pourquoi nous en appelons à l’intervention des plus hautes autorités », conclut Firmin Nzengui Massala. À Bendjé, le piquet de grève promet de tenir bon. Car au-delà des chiffres, c’est la survie de dizaines de familles qui se joue sur l’autel de cette crise budgétaire.