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Commission d’enquête sur la période Bongo : Ntoutoume Ayi met le Parlement face à son devoir de mémoire

2026-03-05 - 14:05

Le député d’Akanda a officiellement saisi, ce jeudi 5 mars 2026, le président de l’Assemblée nationale d’une demande de commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’État durant la convalescence d’Ali Bongo Ondimba, de 2018 à 2023. Un acte fort, nourri de conviction historique autant que de rigueur institutionnelle. Par son acte d’accusation contre l’amnésie d’État, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi choisi l’inconfort salvateur de la vérité. © GabonReview Il avait prévenu. Il a tenu parole. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2e arrondissement d’Akanda et figure du collectif citoyen «Appel à Agir», a déposé ce matin (5 mars 2026) au Bureau de l’Assemblée nationale une demande formelle de création d’une commission d’enquête parlementaire portant sur le fonctionnement de l’État gabonais à compter de novembre 2018, date à laquelle la Cour constitutionnelle avait officiellement acté l’indisponibilité temporaire du président de la République, alors Ali Bongo. Engagée dans les règles du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, la démarche s’inscrit dans le sillage direct des procès devant la Cour criminelle spécialisée, en novembre 2025, de Sylvia et Noureddin Bongo ainsi que de leurs coaccusés dans l’affaire dite de la «Young Team», qui ont mis à nu, selon le député, «l’existence d’un système ayant exercé une influence déterminante au sommet de l’État». Un système qui, au fil des audiences, a conduit le ministère public à conclure, dans une formule désormais gravée dans la mémoire collective, que «l’argent du peuple a été pris, recyclé, blanchi, et réinvesti dans un luxe déconnecté». Ce que la justice n’a pas dit Ntoutoume Ayi n’entend ni rouvrir le procès ni contester l’autorité de la chose jugée. Sa démarche est d’un autre ordre : plus haute, peut-être plus exigeante. Il appelle le Parlement à faire ce que la justice pénale, par nature, ne peut faire : reconstituer la chaîne de décision de l’État, identifier les lacunes institutionnelles, évaluer l’incidence financière des actes posés durant cette période, et formuler des recommandations pour que l’histoire ne bégaie plus. «Que s’est-il réellement passé ? Quels organes ou mécanismes de contrôle ont failli ?», interroge-t-il dans sa lettre, avant d’ajouter avec une gravité désarmante : «C’est à ces questions que chaque Gabonais se pose qu’il importe que des réponses soient apportées.» Le député convoque, pour justifier sa requête, une philosophie politique limpide : «Les nations ne se construisent pas sur l’amnésie volontaire ou l’oubli, mais sur la mémoire commune et la vérité en partage.» Et d’en appeler, avec une solennité rare dans l’hémicycle gabonais, à la responsabilité historique de la 14e législature : celle de «faire émerger, au bénéfice du Peuple gabonais, la vérité sur une période trouble afin de renforcer l’État de droit et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions de la République». Cinq chantiers pour autopsier un État sous perfusion La commission, si elle venait à être créée, disposerait d’un mandat à la fois précis et ambitieux. Dans sa lettre, le député en détaille lui-même la feuille de route avec une méticulosité qui trahit une longue maturation. Il s’agirait d’abord de procéder à «l’analyse des conditions dans lesquelles certaines prérogatives propres au président de la République ont été exercées», puis à «l’identification des lacunes juridiques et incohérences institutionnelles mises au jour par cette séquence historique». Viendrait ensuite «l’évaluation de l’impact économique et de l’incidence financière des décisions prises durant la période considérée» : un chantier colossal, au regard des 4.917 milliards de FCFA estimés détournés par les seuls Sylvia et Noureddin Bongo. Le député entend également que soient reconstitués «les circuits administratifs et financiers ayant facilité le décaissement irrégulier de fonds publics», avant, en bout de course, de déboucher sur «la formulation de recommandations visant le renforcement des instruments de contrôle». Un programme en cinq actes, pensé comme un scalpel institutionnel pour disséquer, sans passion mais sans complaisance, cinq années d’une gouvernance sous perfusion. «Nous le devons à nos enfants, nos petits-enfants et au Gabon éternel», conclut Ntoutoume Ayi, dans une envolée qui, loin d’être rhétorique, sonne comme une injonction à la lucidité collective. Le Bureau de l’Assemblée nationale est désormais saisi. À lui de répondre à l’histoire.

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