Commission d’enquête sur la période Bongo : Ntoutoume Ayi interpelle l’Assemblée nationale sur le devoir de vérité
2026-03-06 - 09:45
Le député du 2e arrondissement d’Akanda a officiellement demandé, jeudi 5 mars 2026, la création d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur la gestion de l’État durant la période de convalescence de l’ancien président Ali Bongo Ondimba entre 2018 et 2023. Une initiative qui se veut à la fois politique, institutionnelle et mémorielle. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi passe à l’acte. Après avoir publiquement évoqué cette possibilité, le parlementaire et membre du collectif citoyen « Appel à Agir » a déposé ce 5 mars 2026 auprès du Bureau de l’Assemblée nationale une demande formelle visant la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Cette commission aurait pour mission d’examiner le fonctionnement de l’appareil d’État depuis novembre 2018, période marquée par la reconnaissance officielle par la Cour constitutionnelle de l’indisponibilité temporaire du président de la République d’alors, Ali Bongo Ondimba. La démarche du député intervient dans le prolongement des procès tenus en novembre 2025 devant la Cour criminelle spécialisée, impliquant Sylvia et Noureddin Bongo ainsi que plusieurs de leurs proches collaborateurs dans le dossier connu sous le nom de « Young Team ». Au cours des audiences, les débats ont mis en lumière, selon le député, l’existence d’un réseau d’influence ayant exercé un rôle déterminant au sommet de l’État. Le ministère public avait notamment affirmé que « l’argent du peuple a été détourné, recyclé, blanchi et réinjecté dans un train de vie luxueux ». Aller au-delà du procès judiciaire Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, la création d’une commission parlementaire ne vise pas à remettre en cause les décisions de justice ni à rouvrir les procès déjà jugés. L’objectif est ailleurs : comprendre les mécanismes institutionnels qui ont permis certaines dérives et analyser les responsabilités administratives ou politiques. Le député estime que le Parlement doit compléter le travail de la justice en retraçant la chaîne des décisions publiques, en identifiant les failles des mécanismes de contrôle et en évaluant les conséquences économiques des actes posés durant cette période. Dans la lettre adressée au président de l’Assemblée nationale, il pose plusieurs interrogations : « Que s’est-il réellement passé ? Quels mécanismes de contrôle ont dysfonctionné ? ». Autant de questions auxquelles, selon lui, les citoyens gabonais attendent des réponses. Il rappelle également que la construction d’une nation passe par la lucidité sur son histoire : « Les nations ne se bâtissent ni sur l’oubli ni sur l’amnésie volontaire, mais sur une mémoire partagée et la recherche de la vérité ». Une commission pour examiner cinq axes majeurs Dans sa proposition, le député décrit précisément les travaux que pourrait mener la commission si elle était instituée. Elle devrait notamment analyser les conditions dans lesquelles certaines prérogatives présidentielles ont été exercées durant la période d’indisponibilité du chef de l’État. Elle aurait également pour mission d’identifier les failles juridiques et institutionnelles révélées par cette situation inédite. Un autre volet porterait sur l’évaluation de l’impact économique des décisions prises entre 2018 et 2023, notamment au regard des montants évoqués lors des procédures judiciaires, estimés à près de 4 917 milliards de FCFA détournés dans l’affaire impliquant Sylvia et Noureddin Bongo. La commission serait également chargée de retracer les circuits administratifs et financiers ayant permis certains décaissements jugés irréguliers de fonds publics, avant de proposer des recommandations destinées à renforcer les dispositifs de contrôle et de gouvernance publique. Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, l’enjeu dépasse le simple cadre politique. Il s’agit, dit-il, d’un impératif historique pour le pays : « Nous le devons à nos enfants, à nos petits-enfants et au Gabon éternel ». La demande est désormais entre les mains du Bureau de l’Assemblée nationale, appelé à décider de l’opportunité de créer cette commission d’enquête. Une décision qui pourrait marquer une étape importante dans l’examen d’une période particulièrement sensible de la vie politique gabonaise. Nkili Akieme