Cinéma : «Un Cœur meurtri» projeté le 28 mars… mais dans quelle salle ?
2026-03-05 - 15:05
Le cinéma gabonais s’apprête à vivre un moment symbolique. La réalisatrice et productrice Martine Lomba a annoncé avec émotion la projection officielle du film « Un Cœur meurtri », prévue pour le 28 mars 2026. Cette œuvre, premier fruit d’une collaboration entre Le Journal d’Émeraude et la maison de production nigériane Blessed AFAM Production, suscite déjà l’intérêt du public. Mais derrière l’enthousiasme, une réalité demeure : le Gabon dispose-t-il d’une salle de cinéma capable d’accueillir et de valoriser un événement d’une telle portée pour le cinéma national. Le film «Un cœur meurtri» en salle le 28 mars (image d’illustration IA). © GabonReview Dans une déclaration publiée sur ses réseaux sociaux, mercredi 4 mars 2026, Martine Lomba a annoncé la projection de son long métrage «Un Cœur meurtri». Issu d’une collaboration entre le Gabon et des acteurs de Nollywood, le film marque une étape importante pour la réalisatrice, qui n’a pas caché sa fierté. Pour elle, cette œuvre représente l’aboutissement de plusieurs années de travail, de foi et de persévérance. «Vous avez vu le chemin, suivi l’ambition, le travail acharné... et surtout la foi depuis toutes ces années. C’est avec une émotion immense que je vous annonce la projection en salle, le 28 mars 2026, du film Un Cœur meurtri», a-t-elle déclaré. Au-delà d’un simple projet cinématographique, ce film constitue, selon Le Journal d’Émeraude, l’aboutissement d’un rêve longtemps porté. Une œuvre qui se veut aussi une victoire pour le cinéma gabonais. Ce long métrage, qui met notamment en vedette l’acteur ghanéen Majid Michel, marque aussi le premier projet né de ce partenariat cinématographique entre le Gabon et le Nigeria. Avec pour ambition de promouvoir une production africaine portée par des talents du continent. Le cinéma gabonais face à l’absence d’infrastructures Si l’annonce de la sortie de «Un Cœur meurtri» suscite déjà l’enthousiasme, une question demeure pourtant sans réponse : où le film sera-t-il projeté ? En effet, derrière l’enthousiasme, une réalité persistante rattrape l’événement. Celui du manque criant de salles de cinéma au Gabon. Autrement dit, pour un pays qui regorge de talents artistiques, les infrastructures dédiées au septième art restent extrêmement limitées. À défaut d’une véritable salle de cinéma moderne, certaines projections culturelles se tiennent parfois à l’Institut français du Gabon, un espace culturel régulièrement sollicité pour accueillir des événements artistiques. Autrefois, des lieux comme le Cinéma le Komo pouvaient accueillir des manifestations populaires et culturelles, offrant au public gabonais un véritable espace de rencontre avec le septième art. Aujourd’hui, ces infrastructures ne sont plus d’actualité. Un paradoxe frappant, au moment où la création audiovisuelle gabonaise connaît un nouvel élan. Les cinéastes du pays s’illustrent de plus en plus sur la scène internationale en raflant des prix et en portant haut les couleurs du Gabon. L’envie d’innover est également bien présente, à l’image de ce projet porté par Le Journal d’Émeraude avec le film «Un Cœur meurtri». Pourtant, malgré cette dynamique créative, les infrastructures capables d’accompagner et de soutenir cet essor restent quasi inexistantes. Récemment encore, le ministre de la Culture s’exprimait sur Gabon 24 à propos des 100 premiers jours de son ministère. Mais aucune annonce relative à la construction d’une salle de cinéma nationale ou d’un grand théâtre moderne n’a été faite. Cette absence constitue un frein majeur au développement du cinéma gabonais. Une opportunité pour relancer le débat La sortie de «Un Cœur meurtri» pourrait ainsi relancer un débat essentiel qui est celui de la création d’infrastructures culturelles dignes du potentiel artistique gabonais. Avec la mise en place progressive de cartes professionnelles pour artistes, plusieurs voix suggèrent déjà que les professionnels du cinéma pourraient porter cette revendication auprès du ministère de la Culture : la construction d’un espace dédié à la projection de films gabonais et africains. Un lieu où le public pourrait découvrir, soutenir et célébrer les productions locales. Car au-delà de la sortie d’un film, la question reste entière : comment faire vivre le cinéma gabonais sans salle de cinéma ? Le 28 mars prochain, «Un Cœur meurtri» promet d’être un moment de fierté nationale et panafricaine. Mais il rappellera aussi, une fois de plus, l’urgence pour le Gabon de se doter d’infrastructures culturelles à la hauteur de ses ambitions. Ce film pourrait devenir le déclencheur d’une nouvelle ère pour le cinéma gabonais. Thécia Nyomba