Blocus contre Cuba : l’Union africaine hausse le ton face aux États-Unis
2026-02-16 - 13:28
Au 39e sommet de l’Union africaine, Cuba n’a pas été un simple point à l’ordre du jour : elle a cristallisé un choix politique. En condamnant une nouvelle fois le blocus américain et en dénonçant son extraterritorialité, les chefs d’État africains ont transformé une résolution diplomatique en message stratégique. Derrière la solidarité affichée, c’est une bataille de principes qui se joue : souveraineté contre unilatéralisme, multilatéralisme contre pression économique. Une prise de position qui dépasse La Havane et interroge la place de l’Afrique dans les recompositions géopolitiques du Sud global. Pour l’Afrique, soutenir Cuba contre les USA ce n’est pas un réflexe idéologique : c’est une affirmation de souveraineté face à l’unilatéralisme. © D.R. Au 39e sommet de l’Union africaine, réuni le 15 février 2026 à Addis-Abeba, c’est d’abord Cuba qui s’est retrouvée au centre des débats diplomatiques. Pour la dix-septième année consécutive, les chefs d’État et de gouvernement africains ont adopté une résolution condamnant le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à l’île caribéenne. Une constance qui dépasse le symbole : elle installe le dossier cubain comme un marqueur politique durable des relations Afrique–Cuba. Le texte adopté dénonce une politique «injuste» et «contraire au droit international», en vigueur depuis plus de six décennies et jugée responsable d’entraves majeures au développement économique et social de l’île. Il inclut, pour la troisième fois, un appel explicite au retrait de Cuba de la liste américaine des États soutenant le terrorisme, qualifiée d’«arbitraire» et d’«unilatérale». Les dirigeants africains soulignent également l’impact aggravé du blocus dans le contexte post-pandémique et critiquent la portée extraterritoriale des sanctions, notamment l’application du Titre III de la loi Helms-Burton. Une solidarité historique réactivée L’Afrique ne parle pas ici en observatrice distante. Les liens entre Cuba et de nombreux États africains sont anciens, forgés dans les luttes anticoloniales et consolidés par des coopérations militaires, éducatives et médicales. De l’engagement cubain en Afrique australe aux programmes de formation universitaire et aux missions médicales, cette relation s’est construite dans un registre politique assumé : celui d’une solidarité entre peuples du Sud confrontés à des rapports de force asymétriques. En réaffirmant son soutien, l’Union africaine actualise cette mémoire dans un contexte géopolitique recomposé, où les équilibres Nord-Sud sont rediscutés. Ce rappel historique n’est pas décoratif : il sert de socle narratif à une position diplomatique qui se veut cohérente et continue. En d’autres termes, soutenir Cuba aujourd’hui revient aussi à défendre une certaine idée de l’autonomie collective face aux pressions extérieures. Entre rapport de force et affirmation politique Pour Cuba, la résolution dépasse le symbole : elle constitue une prise de position collective face à une politique américaine de sanctions prolongée depuis plus de six décennies. En dénonçant le blocus et sa portée extraterritoriale, l’Afrique met directement en cause la légitimité d’un dispositif unilatéral perçu comme contraire aux principes du multilatéralisme. Le message adressé à Washington est clair : l’usage des sanctions économiques comme instrument de pression est interprété comme une forme de contrainte politique, dont les effets débordent largement la cible officielle. L’extraterritorialité des mesures américaines est particulièrement critiquée, car elle tend à imposer des normes nationales à des acteurs tiers. La résolution affirme ainsi que la souveraineté économique des États ne saurait dépendre des arbitrages d’une puissance étrangère. Reste à traduire cette posture en mécanismes financiers et commerciaux concrets ; sans alternatives crédibles au système dominant, la contestation demeurera principalement politique. Mais le signal diplomatique, lui, ne laisse guère d’ambiguïté.