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Bessora à l’IFG : quand la mémoire boiteuse traverse les siècles

2026-03-03 - 13:36

Ils sont boiteux, maudits, magnifiques, et ils traversent les siècles pour vous hanter. Ce samedi 7 mars 2026 à l’Institut français du Gabon, l’écrivaine Bessora débarque à Libreville avec dans ses bagages l’une des œuvres les plus époustouflantes de la littérature africaine contemporaine. Une saga envoûtante où le Gabon du XIXè siècle croise l’Amérique esclavagiste, où les ancêtres ne meurent jamais vraiment, et où chaque page vous arrache cette question qui brûle : de qui sommes-nous vraiment les héritiers ? Entrée libre. Aucune excuse. Samedi 7 mars, la Médiathèque de l’Institut français du Gabon accueille l’une des voix les plus singulières de la littérature contemporaine africaine. Bessora, auteure gabono-suisse aux racines tentaculaires, vient présenter «Vous, les ancêtres», premier tome d’une tétralogie aussi vertigineuse que nécessaire. Elle porte plusieurs noms, plusieurs mondes, plusieurs langues. Bessora (de son nom complet Sandrine Bessora) est fille de Marc Saturnin Nan Nguéma, économiste gabonais et ancien secrétaire général de l’OPEP aujourd’hui décédé en novembre 2012, et d’une mère suisse. De ce métissage fondateur, elle a fait une boussole littéraire : une écriture cosmopolite, hantée par les questions de filiation, d’identité et de mémoire coloniale. C’est précisément pour explorer ces territoires intimes et universels qu’elle posera ses valises à Libreville, le temps d’une rencontre exceptionnelle organisée sous le titre évocateur «Le souffle d’une écriture cosmopolite». Une saga dans les veines du temps Au cœur de la discussion : «Vous, les ancêtres» (JC Lattès, 2023), premier tome de «La Dynastie des boiteux», saga tétralogique que Bessora construit à rebours depuis 2018, en commençant par les tomes IV et III, «Zoonomia» et «Citizen Narcisse», avant de remonter aux origines. Une architecture narrative audacieuse, à l’image de son auteure. Le récit démarre en 1684, en Cornouailles. Jane, accusée de vol, est déportée aux Amériques avec, pour seuls bagages, une Bible et un narcisse collé à la peau. Boiteuse, affranchie, mère malgré elle d’une lignée toute aussi claudicante, elle est l’épicentre d’un roman-fleuve qui traverse trois siècles, plusieurs continents et autant de fractures historiques. Car les boiteux de Bessora ne sont pas de simples infirmes : ils sont dotés du pouvoir de traverser les époques, condamnés à hanter leurs descendants autant qu’à les libérer. Le Gabon, territoire littéraire C’est là qu’intervient le lien gabonais, indissociable de l’œuvre. Dans «Zoonomia», tome IV de la saga, Bessora convoque Paul Belloni du Chaillu, ce célèbre naturaliste franco-américain qui explora le Gabon de 1855 à 1859 et donna son nom au massif du Chaillu, pour incarner Johann, bâtard métis en quête de gorilles et d’identité. Pour ce portrait saisissant, l’auteure est allée fouiller les sources primaires, les récits d’époque, reconstituant avec rigueur le Gabon du XIXè siècle tout en le réenchantant par la fiction. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de Bessora : cette femme qui dit écrire «depuis plus d’une quinzaine d’années» et qui cumule plus d’une dizaine de romans, lauréate du Prix Félix Fénéon 2001, déploie une œuvre où l’Histoire sert de décor à des interrogations profondément intimes. «De qui suis-je ? Comment me libérer de vous, les ancêtres ?», ces questions, Johann les murmure au fil des pages. Bessora, elle, les pose à voix haute, samedi, à l’IFG. Entrée libre. Médiathèque de l’Institut français du Gabon. Samedi 7 mars, 10h30.

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