Affaire Webcor : Opiangah avait-il raison… trop tôt ?
2026-03-06 - 13:55
Il y a bientôt deux ans, Hervé Patrick Opiangah criait au scandale. Il dénonçait un accord secret qui risquait de coûter 66 milliards de francs CFA aux Gabonais. Beaucoup ont alors haussé les épaules. La justice gabonaise a fait la sourde oreille. Et aujourd’hui ? Une plainte pour «escroquerie» déposée à Paris contre la même personne qu’il visait vient lui donner, après coup, une embarrassante raison. Sur l’affaire Webcor et son effet boomerang sur le Gabon, Opiangah avait frappé à la porte de la justice gabonaise, personne n’avait ouvert. © GabonReview En juillet 2024, Hervé Patrick Opiangah, homme d’affaires, ancien ministre, leader politique, choisit de porter plainte non pas en tant que responsable politique, mais en tant que simple citoyen gabonais. Son accusation est grave : des hauts fonctionnaires de l’État auraient signé dans le dos de l’Etat un accord pour payer 66 milliards de francs CFA à une entreprise étrangère, la société maltaise Webcor ITP. Le pire ? Le Gabon venait tout juste de gagner en justice. Une victoire du Gabon en mai 2021 Il y a que la Cour d’appel de Paris avait, en effet, annulé la condamnation arbitrale qui pesait sur le pays. En français facile cela signifie que le 25 mai 2021, la Cour d’appel de Paris avait totalement renversé la table : elle avait annulé la condamnation contre le Gabon, reconnaissant noir sur blanc qu’un pacte de corruption avait entouré ce dossier dès le départ, et condamné Webcor à payer à son tour. Le Gabon n’était plus le coupable, il était la victime. Victoire nette. Dossier clos. Ou presque. Mais, voilà que, au lieu de savourer cette victoire et de tourner définitivement la page, l’Agence judiciaire de l’État (AJE) et le Conseil d’État gabonais ont encore signé en janvier 2024, contre toute logique, un protocole transactionnel : le Gabon accepte de payer environ 100 millions d’euros (soit près de 65 milliards de francs CFA) à Webcor, en échange de l’abandon de procédures judiciaires en France. Autrement dit : le Gabon gagne, mais décide quand même de payer. Qui peut expliquer ça ? Hervé Patrick Opiangah, lui, n’hésite pas à employer les mots forts : il parle de crime de haute trahison, s’appuyant alors sur la Charte de Transition qui punisait tout acte portant atteinte à la souveraineté de l’État. Il vise nommément Diane Moussounda, directrice générale de l’AJE, et Jean-Paul Komanda, premier président du Conseil d’État. Et la justice gabonaise ? Elle regarde ailleurs. Trois semaines après le dépôt de la plainte, les avocats d’Opiangah reconnaissent n’avoir reçu aucun retour du parquet. Puis le silence s’installe. Définitif. Aucune enquête sérieuse annoncée. Aucune convocation. Aucune explication publique. Un dossier à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA classé sans suite, sans un mot. C’est là que le scandale prend une autre dimension. Car, Diane Moussounda n’est pas une inconnue dans les cercles du pouvoir. Le marché noir de l’information, ou la rumeur persistante, la présente comme la sœur d’Anouchka Avome, la deuxième épouse du président Brice Clotaire Oligui Nguema. La question que tout le monde se pose désormais à voix haute est simple et brutale : est-ce la proximité familiale avec la présidence qui a gelé toute initiative judiciaire au Gabon ? Personne ne le dit officiellement. Mais personne non plus ne peut expliquer pourquoi une plainte aussi sérieuse, portant sur des dizaines de milliards, déposée par un citoyen identifié, visant des fonctionnaires nommément désignés, a pu disparaître dans les tiroirs de la justice sans laisser de traces. Pendant ce temps, Paris s’en mêle. Le 24 février 2026, Webcor contre-attaque. L’entreprise dépose une plainte pénale auprès de la procureure de la République de Paris pour escroquerie et tentative d’escroquerie, contre Diane Moussounda en personne. Le motif : après avoir signé le protocole de janvier 2024, après que Webcor a retiré son recours devant la Cour de cassation en bonne foi, les autorités gabonaises ont retourné leur veste. Elles ont soudainement affirmé que Moussounda n’avait pas les prérogatives ou le pouvoir de signer cet accord au nom de l’État, ni de représenter la commune de Libreville. L’accord, valable hier, serait nul aujourd’hui. Un accord signé, exécuté en partie... puis déclaré inexistant. Si ce n’est pas une arnaque, ça y ressemble fortement, et c’est exactement ce que dit Webcor dans sa plainte. Le tableau d’ensemble est accablant. Mettons les faits côte à côte : un accord à 100 millions d’euros (environ 65,6 milliards de francs CFA) signé par une fonctionnaire dont on conteste ensuite les pouvoirs ; une plainte locale gabonaise enterrée sans explication ; une volte-face juridique spectaculaire qui ressemble fort à une tentative de flouer l’adversaire ; et désormais une procédure pénale ouverte à Paris contre la ‘’belle-sœur’’ du chef de l’État. Aucune juridiction n’a encore prononcé de verdict. Mais les faits, eux, parlent d’eux-mêmes. Alors la question revient, plus brûlante que jamais : quand Opiangah a crié «haute trahison» en juillet 2024, avait-il tort ? Ou a-t-il simplement eu l’audace de dire la vérité avant que tout le monde soit forcé de la regarder en face ? Dans le Gabon nouveau, les réponses à cette question ne peuvent plus attendre.