274 détenus remis en liberté à Libreville : le fiasco de la détention préventive révélé
2026-03-17 - 09:35
À la suite d’une enquête administrative ayant mis en lumière de graves dysfonctionnements dans la gestion des détentions, 274 prisonniers de la maison d’arrêt de Libreville ont été libérés lundi. Une mesure exceptionnelle décidée par les autorités, révélatrice des défaillances du système judiciaire gabonais. Le groupe de prisonniers libérés, le 16 mars 2026. © L’Union Au total, 274 détenus de la prison centrale de Libreville ont recouvré la liberté lundi 16 mars 2026, à l’issue d’une opération ordonnée par les plus hautes autorités du pays. Parmi les bénéficiaires de cette mesure figurent huit femmes. La cérémonie de libération s’est déroulée en présence du ministre de la Justice, Garde des sceaux, chargé des Droits humains, Dr Augustin Emane. Cette décision fait suite à une enquête administrative déclenchée après la découverte de nombreux cas de détention irrégulière. Certains prisonniers étaient incarcérés alors même que leur peine avait expiré depuis plusieurs années, dans certains cas jusqu’à neuf ans. L’origine de cette opération remonte à une visite ministérielle effectuée en février dernier à la prison de Libreville. Le constat dressé à cette occasion avait révélé une situation carcérale préoccupante : sur environ 3 500 détenus, seuls 600 avaient effectivement été jugés, les autres étant maintenus en détention préventive prolongée. Alertée, la hiérarchie de la Sécurité pénitentiaire a saisi le ministère de la Justice, signalant la présence, dans plusieurs établissements du pays, de détenus dont la situation ne respectait plus le cadre légal. Une commission d’enquête administrative, pilotée par l’Inspection générale des services judiciaires, a alors été mise en place pour examiner ces cas. Plus de 500 dossiers problématiques À Libreville, les travaux de cette commission ont duré une dizaine de jours. Ils ont permis d’identifier plus de 500 dossiers problématiques. Après examen, 274 détenus ont été reconnus en situation irrégulière, soit parce que leur peine était déjà purgée, soit parce qu’ils n’avaient pas été jugés dans les délais légaux après leur placement en détention. Le Code de procédure pénale fixe pourtant des limites strictes. En matière correctionnelle, la détention préventive ne peut excéder six mois, renouvelable une fois, soit un maximum de douze mois. En matière criminelle, elle est limitée à deux ans au total, sous conditions de prolongations encadrées. Dans les faits, ces dispositions ont été largement ignorées, traduisant des dysfonctionnements profonds au sein de l’appareil judiciaire. Face à cette situation, le gouvernement a ordonné la remise en liberté immédiate des personnes détenues en dehors du cadre légal. Selon le ministre de la Justice, cette mesure entraîne l’extinction de l’action judiciaire contre les personnes concernées. D’autres opérations similaires devraient suivre dans les autres établissements pénitentiaires du pays, où des irrégularités comparables ont été signalées.