23 mars 2026 : 34 ans après Martine Oulabou, une vie de misère !
2026-03-23 - 11:43
La tribune libre de Marcel Libama* Il y a trente-six (36) ans aujourd’hui, depuis janvier 1990, les enseignant-e-s de notre pays, bravant avec mépris et honneur les lois injustes qui interdisaient la jouissance par les fonctionnaires des droits et libertés syndicaux, et ignorant les menaces existentielles et professionnelles qui planaient sur leurs têtes, ont engagé la marche pour valoriser leur profession, défendre leurs droits et réclamer de meilleures conditions de travail et d’apprentissage pour eux-mêmes et pour les élèves. Il s’est agi de dire à l’État que le respect de leur dignité n’était désormais plus optionnel. Pendant ce parcours naissant, lundi comme aujourd’hui, le 23 mars 1992, il y a donc 34 ans jour pour jour, parce qu’elle avait décidé d’être du nombre des marcheurs pacifiques dont l’objectif était de crier aux oreilles de l’opinion publique la lassitude des promesses non tenues, Martine Oulabou Mbadinga a lâchement été abattue par la police se son pays, laissant une classe de CE1 sans Institutrice et des élèves meurtris pour toujours, marqués au fer rouge par une violence inouïe, qu’ils n’imaginaient certainement pas capable de s’abattre sur eux à un âge si fragile, exercée par des personnes dont la vocation est de les en préserver. Depuis lors, hélas ! les gouvernements qui se sont succédés n’ont pas daigné répondre favorablement, dans leur globalité, aux revendications des enseignant-e-s pourtant fondées sur la primordiale question de droit qu’est la gestion régulière des carrières des agents publics. Contre toute attente, ces mêmes gouvernements préfèrent traiter inéquitablement les agents publics, privilégiant certains et maltraitants d’autres, en l’occurrence, les enseignant-e-s. Ce faisant, le choix qui paraît avoir été délibérément fait est de précariser l’enseignant (e) et, par voie de conséquence, l’enseignement et l’ensemble des instruments du « système scolaire » ainsi relégués au second plan des priorités de l’État. Le ras-le-bol Ainsi donc, voudrions-nous dire que trop c’est trop ! Cette journée du 23 mars 2026 est celle du renouvellement de la prise de conscience collective bien au-delà des acteurs directs de l’Enseignement, pour demander que cesse le traitement misérabiliste infligé à ceux et celles qui se sacrifient pour façonner et structurer les intelligences, les compétences et les capacités humaines si indispensables au pays. Il est malheureux de constater que ce sont des personnes issues de ce notre moule qui sont prompts, une fois placées aux responsabilités de l’État, à piétiner et ignorer ceux et celles sans qui elles n’auraient guère pu justifier les aptitudes à la base de leur situation de privilégiés. Hormis l’aspect du souvenir sanglant que revêt le 23 mars, et au-delà du symbole mémoriel que cette journée représente pour des milliers de compatriotes, il nous faut marquer fermement notre désaccord de la politique scolaire en cours, en allant chacun déposer une craie blanche dans nos salles de classes, pour dire au gouvernement, que si rien n’est fait, il lui reviendra de prendre la craie pour continuer le tâche sacrificielle exercée par des dizaines de milliers d’enseignantes et d’enseignants souvent dans des conditions inhumaines. S’attaquer à l’essentiel Au milieu de cette bataille et pendant que le gouvernement n’a de cesse d’asséner qu’il ne peut pas tout faire en même temps, il a l’intelligente et géniale idée de commander des pagnes à distribuer gratuitement aux enseignantes et aux enseignants pour la fête. D’importantes sommes d’argent ainsi dépensées viennent de quel budget ? N’auraient-elles pas été plus utilement utilisées pour ne serait-ce que récurer les vieilles toilettes ou en installer de nouvelles dans les établissements scolaires où elles manquent cruellement ? Pourquoi toujours vouloir installer une atmosphère d’exhibition de groupes d’animation et de kermesse permanente à l’École ? Est-ce cela la réforme pertinente dont l’École de notre pays a besoin ? Nous voudrions rappeler que l’École de la République est gravement malade de l’intérieur. Il faut la rebâtir sur des bases nouvelles, consensuelles, solides et novatrices qui lui permettront de répondre aux attentes légitime du pays. C’est cette grande ambition que portait Martine Oulabou Mbadinga jusqu’au sacrifice suprême de sa vie. Son sang crie du sein de la terre de son pays parce qu’il attend des réponses à la hauteur du sacrifice consenti. Vive l’École, Vive l’Intelligence, Vive la légitime lutte syndicale dans un Gabon que nous voulons juste, fort et prospère. *Marcel Libama, Enseignants/syndicaliste N.B. : Les titre et inter-titres sont de la rédaction